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jeudi 14 décembre 2017

Mer, étang, rivière, forêt, pull, variations en vert


Est-ce moi qui les remarque davantage (lire ici) ou le vert sied-il aux couvertures des albums jeunesse? En voici une farandole chromatique en dix stations, sur tous les sujets et pour tous les âges.


La petite sirène


Fish Girl
David Wiesner
Donna Jo Napoli
adapté de l'américain par Julia et Simon Segal
Le Genévrier
collection "Est-Ouest"
192 pages

On connaissait l'Américain David Wiesner auteur-illustrateur d'albums très visuels, "Monsieur Chat!" au Genévrier, "Mardi" chez Il était deux fois, "Les trois cochons" chez Circonflexe, par exemple. On le découvre coauteur et illustrateur d'un remarquable roman graphique, une bande dessinée donc, d'une longueur inhabituelle (près de 200 pages) mais tenant remarquablement la route. "Fish Girl" est à la fois le titre de cette épatante histoire de sirène et son nom.

Les "Merveilles de l'Océan". (c) Le Genévrier.
Une quête initiatique peu commune qui se déroule dans un aquarium où règne le roi Neptune. Il propose à ses visiteurs de tenter d'apercevoir Fish Girl qui vit dans un univers extraordinaire. Avec sa queue de poisson, la sirène se cache entre les algues ou derrière ses amis les poissons, sans oublier l'immense pieuvre, sa confidente et sa protectrice.

Fish Girl ne sait ni parler ni marcher mais arrive à un âge où elle se pose des questions et ne veut plus dépendre uniquement de son gardien royal. Elle commence à comprendre qu'il ne lui a peut-être pas tout dit par rapport à elle. Heureusement, parmi les visiteurs des Merveilles de l'Océan se trouve la jeune Livia, du même âge qu'elle, avec qui elle se lie secrètement d'amitié. C'est parti pour une série d'expériences et d'épreuves passionnantes, particulièrement inventives dans la maison aquarium ou dans la mer, teintées d'un rien de fantastique, admirablement portées par les illustrations de David Wiesner. Une bande dessinée originale et palpitante de bout en bout. Pour tous à partir de 10 ans.

Le Roi Neptune fait son spectacle. (c) Le Genévrier.


Muet comme une carpe


Le poisson
Ronald Curchod
Rouergue
48 pages

Un album quasiment sans texte, sur doubles pages à bords perdus. On suit d'abord un enfant au bord de la rivière. Il y trouve successivement les éléments qui lui sont nécessaires pour fabriquer des appâts pour la pêche à la mouche. En parallèle se déroulent dans de fascinantes grandes peintures à l'acrylique en vert, en bleu, en rouge, des scènes de vie dans la rivière ou dans le ciel: poisson, insecte, grenouille, lièvre sans oublier le travail du jeune pêcheur chez lui.

Arrive la séance de pêche à la mouche. Un poisson mord à l'hameçon. L'enfant le ramène sur la berge. Ils se regardent en silence, échange muet mais puissant. Que va-t-il se passer? Réponse dans cet album, le deuxième titre jeunesse du peintre et affichiste Ronald Curchod, qui explore graphiquement la question du plaisir et de ses limites. Les images saisissantes dévoilent aussi bien les paysages que des scènes d'action, la surface de l'eau ou celle de l'œil quand elles ne plongent pas carrément dans le cerveau du jeune pêcheur. Un somptueux album à ressentir.

Une plume pour faire une mouche. (c) Rouergue.


Le temps, rapide et lent


Quelques battements d'ailes
Mickaël El Fathi
Pierre Pratt
Møtus
40 pages

Après deux magnifiques albums en solo, "Mo-Mo", sur la perte des mots, et "L'eau de Laya", hommage à la création (même éditeur, 2014 et 2015), Mickaël El Fathi signe un très beau texte sur le temps et la manière dont on le perçoit, superbement illustré par le Canadien Pierre Pratt ("Marcel et André" au Sourire qui mord en 1994, "Beaux dimanches" et "La vie exemplaire de Martha et Paul" au Seuil en 1996 et 1998).

Le narrateur se met dans la peau d'une montagne qui voit passer les années et les siècles. Des mots simples pour dire le temps qui passe, vite ou lentement, les deux à la fois parfois. Par exemple: "Je suis cette montagne qui voit défiler les forêts et les ciels depuis la nuit des temps." La formule permet de se couler dans l'album dont les illustrations sur double page révèlent la transformation du même paysage dans lequel évoluent toujours des êtres humains et des animaux. Choc des échelles de grandeur avec cette montagne millénaire qui perçoit en secondes ce que les humains vivent en une vie mais qui vieillit quand même.

Un superbe album pour rêver et réfléchir au temps qui passe et à notre monde qui évolue. Pour tous à partir de 5 ans.

Le temps passe. Vite ou lentement? (c) Møtus.


Aux bons soins du vent


Les lettres de l'ourse
Gauthier David
Marie Caudry
Casterman
56 pages

Deux amis, une ourse et un oiseau, ont passé un été délicieux ensemble. A son terme, il est parti vers le sud retrouver le soleil sur son île. Elle est restée chez elle, dans le nord. Elle a de la peine à se préparer à hiberner. Elle va, se dit-elle, écrire une lettre à l'oiseau chaque jour pour être près de lui. Mais dès le deuxième jour, l'ourse décide d'aller retrouver celui qui lui manque au bout du monde, encouragée par ses amis du nord.

Ce sont ces lettres, confiées au vent, délicatement rédigées par Gauthier David, que l'on découvre dans ce délicieux album épistolaire. "Cher Oiseau,... Mon Oiseau,..", toujours signées "Ton Ourse". Une typo aérée et en vis-à-vis un délicat dessin d'illustration de Marie Caudry. Ourse partage ses impressions de voyage, ses peurs, ses expériences, ses rencontres. Ses pérégrinations lui font rencontrer la guerre et la paix, découvrir des paysages inconnus, participer à une fête costumée et partager un bout de chemin avec une autre ourse... En point de mire, les retrouvailles avec Oiseau. Retrouvailles? C'est à voir car l'album est construit comme le "Cadeau des rois mages", le conte du nouvelliste américain O. Henry. Et sa fin est originale et réussie. Une façon peu commune de raconter l'amitié, le dépassement de soi et le monde comme il est. A partir de 5 ans

Ourse n'est pas très rassurée au début de son voyage. (c) Casterman.


Liberté et ténacité


Baya, l'étrangère
Emmanuelle Halgand
Versant Sud Jeunesse
44 pages

Un bel album à l'italienne, dont les illustrations souvent en aplats reflètent les couleurs chaudes d'un Maghreb bien irrigué mais bousculées par des motifs géométriques d'inspiration asiatique sur les vêtements féminins. L'histoire, presque une fable, que conte Emmanuelle Halgand est celle de Baya, une étrangère, pire, une jolie inconnue qui arrive un matin de mai, avec ses bagages et sa fatigue, dans le village pauvre où jouent Myriam, la narratrice, et son petit frère. Quoi? Une femme seule? Une méfiance généralisée escorte l'événement. Baya ne se laisse pas impressionner. Elle restaure seule une maison en ruines. Toujours accompagnée de chats, elle salue aimablement les uns et les autres. La seule à lui rendre visite, en secret, est Myriam, qui découvre chez elle une autre manière de vivre et les innombrables histoires que Baya lui raconte.

Les choses vont se corser quand celle qui est toujours dénommée l'"étrangère" décide de soigner les malades qui sont habituellement chassés du village. Aller contre ce qui se fait, rendre une dignité à ceux que la maladie a diminués, être libre, résister à la pression sociale? Baya va payer cher son humanité. Mais elle a semé en Myriam les graines de la colère légitime, de la solidarité et de la désobéissance civile. Et ces graines ont germé. L'indignation et la résistance de la jeune fille sont finalement contagieux. Expressives et pleines de détails, masquant les visages de la foule comme pour la rendre plus universelle, les illustrations accompagnent remarquablement cette lutte contre la bêtise et la haine. A partir de 4/5 ans.

Pour feuilleter l'album en ligne, c'est ici.

Myriam accueille Baya à son arrivée au village. (c) Versant Sud.


Un vieux pull vert


Einstein, sur un rayon de lumière
Jennifer Berne
Vladimir Radunsky
traduit de l’anglais par Ilona Meyer
Editions des Eléphants
56 pages

Une crinière blanche, une grosse moustache neigeuse, des yeux pétillants, un vieux pull vert... Mais bien sûr, c'est Albert Einstein, ce génie! Pas pompeux pour un sou comme l'ont montré différentes photos. Comme quoi, on peut être soi et être un chercheur exceptionnel. Etre lui-même, Albert Einstein l'a été dès son enfance, la preuve dans ce très bel album illustré à l'aquarelle. Il ne parlait ni à un an, ni à deux ans, ni à trois ans, soutenu par des parents aimants. Et pour cause! Il était trop occupé à regarder le monde. Une boussole reçue de son père lui révélera qu'en fait il veut COMPRENDRE le monde.

Différent mais si précieux. (c) Ed. des Eléphants.
On le suit dans ses jeunes années et ses moments difficiles à l'école, dans ses rêves et ses idées les plus folles dont celle "de traverser l'espace à toute allure sur un rayon de lumière". Pour y arriver, il pose des questions, mille questions. Pour y répondre, il se met à lire et à étudier, à compter et à calculer, et à se poser mille autres questions.

Jennifer Berne fait bien comprendre comment cet être curieux de tout est parvenu à ses nombreuses découvertes. Une biographie terriblement humaine originale et rassurante, portée par les illustrations complices de Vladimir Radunsky. Pour tous, à partir de 6 ans.

Albert Einstein réfléchit tout le temps. (c) Editions des Eléphants.


Cuisine-randonnée


La souris qui voulait faire une omelette
Davide Cali
Maria Dek
Hélium
48 pages

Comment faire une omelette quand on n'a pas d'œuf? En allant en demander un au voisin, pardi. C'est ce que fait la souris qui se rend chez le merle. D'œuf, il n'en a point, mais il propose à la place de la farine, pour faire un gâteau. Le loir, le voisin suivant, ne dispose pas d'œuf non plus, mais il a du beurre... Les candidats cuistots rendent ainsi visite à tous leurs voisins afin de découvrir l'œuf que voulait la souris pour faire son omette.

Le conte-randonnée composé par Davide Cali a une jolie musique avec son "Il était une fois une souris, un merle, un loir, une taupe..." qui s'allonge à chaque nouvelle visite. Il s'appuie sur l'intéressant travail graphique de Maria Dek, des illustrations sur fond blanc dans les jolies teintes des animaux des bois. Les animaux finiront-ils pour trouver l'ingrédient intial? Oui mais avec une mauvaise surprise momentanée pour celle qui le cherchait. Momentanée car le gâteau sera finalement partagé entre tous ceux qui en ont fourni un ingrédient, fut-ce l'idée. Une histoire joyeuse et morale dans le bon sens du terme qui fait aussi comprendre le principe de l'autogestion. A partir de 3 ans.

"Il était une fois une souris, un merle, un loir..." (c) Hélium.


La nouvelle voisine


Une maison dans les buissons
Akiko Miyakoshi
traduit du japonais par Nadia Porcar
Syros
32 pages

A voir les paysages et les portraits, on sait tout de suite que cet album sur beau papier mat épais vient du Japon, dans la ligne de Mitsumasa Anno et de Komako Sakaï. C'est l'histoire toute simple, charmante et évidente de la petite Sakko qui vient de déménager et a envie de rencontrer sa jeune voisine. Elle se promène ici et là.

Dans le champ tout proche, les pissenlits sont magnifiques. Sa cueillette est interrompue par un "miaou". Elle suit le chat dans les buissons qui font comme une maison. Elle découvre une dînette dans un panier. En guise de signe, elle le décore de ses fleurs jaunes, puis de blanches qu'elle a repérées par la suite. Quand elle revient dans la cachette après son goûter, elle trouve la table mise et la jeune voisine Yoko enchantée. Une nouvelle amitié est née, tendre et attentionnée. Un album tout en douceur, à hauteur d'enfant. A noter qu'Akiko Miyakoshi est aussi l'auteur du très bel album "Quand il fait nuit" (même éditeur). A partir de 4 ans.

Des pissenlits pour décorer le panier. (c) Syros.


Miam, des frissons


La bête de mon jardin
Gauthier David
Samuel Ribeyron
Seuil Jeunesse
40 pages

Qu'il est agréable de se faire peur! Alors, il faut profiter de cet album aux teintes sombres de nuit, dont les effets sont accrus par les découpes des pages... L'histoire est celle d'un enfant qui, depuis la fenêtre de sa chambre, croit distinguer une bête menaçante dans les buissons de son jardin. Intrépide mais tremblant, il sort de la maison mais ne voit plus rien dans les buis. Il rentre, ignorant qu'une paire d'yeux l'observait, faisant mille plans dangereux pour lui. Bête réelle, imaginée, sortie d'un livre? A chaque lecteur, à la fois du côté de l'enfant et de celui de la bête, d'apporter sa réponse après avoir frissonné devant cet album qui joue savamment avec la peur du noir et l'imagination. A partir de 4 ans.

L'enfant et la bête du jardin. (c) Seuil Jeunesse.


Coâââââ coâââââ


La grenouille
Bernadette Gervais
Albin Michel Jeunesse
24 pages animées

Il y a bien sûr la rainette verte, mais il y a aussi la grenouille des fraises, la grenouille tomate ou la dendrobate bleue d'autres couleurs. Mais si on pense grenouille chez nous, on en voit une bien verte. Ce documentaire aux pages munies de volets à soulever explique de façon simple et imagée les particularités du batracien, description générale, yeux, langue, pattes, respiration, alimentation, habitat, reproduction. Les mécanismes de papier permettent une approche ludique. En parallèle, le livre pointe les dangers qui menacent les espèces mais se termine sur un jeu des sept erreurs. Les images sont aussi charmantes qu'explicatives. A partir de 3 ans.


Quelques aspects de la grenouille. (c) Albin Michel Jeunesse.










mercredi 13 décembre 2017

Du nouveau en 2018 aux Prix Sorcières


Les Prix Sorcières changent en 2018! 
L'ABF (Association des bibliothécaires de France) et l'ALSJ (Association des librairies spécialisées jeunesse, dont les Belges de l'Oiseau lire à Visé et du Rat conteur à Bruxelles) ont défini de nouvelles catégories pour leur sélection annuelle.

Les six catégories d'hier sont remplacées par trois grandes catégories d'ouvrages, dont les deux premières sont divisées en deux catégories d'âge, univers Mini pour les moins de dix ans, univers Maxi pour les plus de dix ans. Les trois catégories nouvelles portent les noms de "Carrément Beau", "Carrément Passionnant" et "Carrément Sorcières" qui, elle, est divisée en Fiction et Non Fiction.

La catégorie "Carrément Beau" privilégie la qualité graphique, "Carrément Passionnant" le scénario et l'histoire. "Carrément Sorcières" pointe des livres un peu exceptionnels dont des documentaires.

Les six nouveaux prix seront eux aussi annuels et remis lors d'un salon ou d'un festival en France.


Les titres en lice pour les Prix Sorcières 2018

Catégorie CARRÉMENT BEAU MINI


  • "Blanc", Margaux Othats, Editions Magnani
  • "Doux rêveurs", Isabelle Simler, Editions courtes et longues
  • "Le renard et l'étoile", Coralie Bickford-Smith, Gallimard Jeunesse (lire ici)
  • "Minute papillon!", Gaëtan Dorémus, Rouergue
  • "Profession crocodile", Mariachiara Di Giorgio et Giovanna Zoboli, Les Fourmis Rouges


Catégorie CARRÉMENT BEAU MAXI


  • "D'entre les ogres", Baum et Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse
  • "Dedans dehors", Anne-Margot Ramstein et Matthias Arégui, Albin Michel Jeunesse
  • "L'ascension de Saussure", Pierre Zenzius, Rouergue (lire ici)
  • "La leçon", Michael Escoffier et Kris Di Giacomo, Editions frimousse
  • "Le jardin du dedans-dehors", Chiara Mezzalama et Régis Lejonc, Editions des Eléphants


Catégorie CARRÉMENT PASSIONNANT MINI


  • "Robot Sauvage", Peter Brown, Gallimard Jeunesse
  • "Baleine rouge", Michelle Montmoulineix, Hélium
  • "Le Petit Poucet, c'est moi!", Christophe Mauri et Marie Caudry, Casterman Jeunesse
  • "Pax et le petit soldat", Sara Pennypacker, Gallimard Jeunesse
  • "Momo", tome 1, Jonathan Garnier et Rony Hotin, Casterman


Catégorie CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI


  • "Dans la forêt de Hokkaido", Eric Pessan, l'école des loisirs
  • "Toute la beauté du monde n'a pas disparu", Danielle Younge-Ullman, Gallimard Jeunesse
  • "Sirius", Stéphane Servant, Rouergue
  • "Jusqu'ici tout va bien", de Gary D. Schmidt, l'école des loisirs
  • "L'aube sera grandiose", Anne-Laure Bondoux, Gallimard Jeunesse (lire ici)


CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION


  • "Cœur de bois", Henri Meunier et Régis Lejonc, Notari
  • "De la terre à la pluie", Christian Lagrange, Seuil Jeunesse
  • "L'aube appartient aux pies", Thomas Vinau et Bertrand Sallé, Motus
  • "L'hiver d'Isabelle", Jeanne Macaigne, MeMo
  • "Marta et moi", It's Raining Elephants, Notari


Catégorie CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION


  • "Comment tout a commencé", Liuna Virardi, MeMo
  • "Ta race! Moi et les autres", Marie Desplechin et Betty Bone, Editions courtes et longues
  • "Colorama", Crushiform, Gallimard Jeunesse (lire ici)
  • "Âme animale", Pablo Salvaje, Nathan
  • "L'histoire de Ned Kelly", Marie-Eve et Jean-Jacques de Grave, Hélium





vendredi 8 décembre 2017

Conseil de lecture à Donald Trump

Jérusalem, la ville trois fois sainte.

Il y a six ans sortait la traduction française de la biographie passionnante, ambitieuse et captivante, unique en son genre que l'écrivain et historien britannique Simon Sebag Montefiore consacrait à une cité universelle, à la fois  céleste et terrestre, "Jérusalem" (traduit de l'anglais par Raymond Clarinard et Isabelle Taudière, Calmann-Lévy, 700 pages, 2011, Le Livre de poche, 2013). Peut-être est-il temps de le (re)lire?

Biographie: le mot souligne le titre de l'ouvrage de Simon Sebag Montefiore. Et il est bien placé. L'historien britannique signe en effet une réelle biographie avec son "Jérusalem". Rarement ville aura été autant empreinte de vie. De rêves. De conflits aussi. Et ce depuis trois mille ans. Une très longue vie donc, quasi l'éternité. On s'en aperçoit avec intérêt au long de la lecture de ce passionnant pavé de près de 700 pages. Capitale de deux peuples, lieu saint de trois religions, Jérusalem a été au cœur de mille batailles. Combien de "nouvelles Jérusalem" n'ont-elles pas déjà été proclamées?

Selon Simon Sebag Montefiore, cette ville n'appartient à personne et existe pour tous dans l'imagination de chacun. "Et c'est là sa tragédie autant que ce qui la rend magique", analyse-t-il. "Quiconque rêve de Jérusalem, chaque visiteur, à toutes les époques (…), arrive avec sa vision de la Jérusalem authentique, puis est amèrement déçu par ce qu'il trouve. (…) Mais puisqu'il s'agit de Jérusalem, propriété de tous, seule l'image qu'ils en ont est la bonne; c'est la réalité qui est corrompue, artificielle et qu'il faut changer. Tout le monde a le droit d’imposer "sa Jérusalem" à Jérusalem. Ce qu'ils ont souvent fait, par le fer et par le feu."

Une analyse percutante qui se poursuit quand l'auteur estime que "rien ne rend un lieu plus saint que la concurrence d'une autre religion".

Cette histoire de Jérusalem, Simon Sebag Montefiore l'adresse à tous les lecteurs, croyants ou athées. Il rapporte son histoire chronologiquement, à travers les existences d'hommes et de femmes, connues ou oubliées, sur base de très nombreuses sources.

Le principal de son livre se termine en 1967, à la guerre des Six-Jours, un épilogue survolant ce qui s'est passé depuis. "Si je devais écrire l'histoire au présent, cet ouvrage n'aurait jamais de fin", note-t-il, "et devrait être mis à jour presque heure par heure." Au lieu de cela, il a voulu montrer "pourquoi Jérusalem continue d'être à la fois le cœur du processus de paix et un obstacle pour ce dernier".

Cette biographie lettrée et documentée est passionnante de bout en bout. Elle invite des figures historiques et des citoyens ordinaires. Surtout, elle montre remarquablement comment Jérusalem est devenue une cité à la fois terrestre et céleste. Bien organisée en chapitres assez courts, elle séduira l'amateur comme l'historien expert.

On se demande quand même si Simon Sebag Montefiore ne la compléterait pas un peu à la lueur des derniers événements d'actualité.




jeudi 7 décembre 2017

Saint Nicolas m'a apporté la BD du Petit Nicolas



Fan du Petit Nicolas depuis la première heure, j'ai été gâtée par Saint Nicolas qui a déposé dans ma cheminée l'exquis album "Le Petit Nicolas, la bande dessinée originale", dessins de Sempé, texte de Goscinny, qui utilise ici le pseudo d'Agostini (IMAV Editions, 48 pages). J'ai ainsi découvert que le héros adoré de ma jeunesse était à l'origine une bande dessinée en couleurs, publiée dans le magazine belge "Le Moustique" des Editions Dupuis.

C'est la première fois que sont rassemblées en livre ces 28 planches inédites des "Aventures du Petit Nicolas",  parues entre le 25 septembre 1955 et le 20 mai 1956, il y a plus de soixante ans. Inédites mais non inconnues des spécialistes. La version initiale en quelque sorte, primitive en tout cas. Quel trésor!

Cette première collaboration de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny inaugurera un solide et prolifique tandem. Si la bande dessinée du Petit Nicolas s'arrêtera finalement assez vite, le personnage réapparaîtra ensuite, quelques années plus tard, le 29 mars 1959, dans "Sud-Ouest". Ce sera la formule qu'on connaît aujourd'hui, un texte écrit par Goscinny et trois ou quatre dessins en noir et blanc de Sempé. Sa première histoire là aura la forme d'un conte. Suivront dès l'année suivante les recueils de ses facéties, faisant l'unanimité des enfants comme des parents.

(c) IMAV Editions / Goscinny-Sempé.
Les planches apparaissent dans l'album selon leur ordre de publication. Si la forme est ici celle de la bande dessinée, on retrouve immédiatement l'esprit du Petit Nicolas, gags, scénarios imparables, petit garçon tendre et volontaire, Papa souvent ridicule, Maman consolatrice, voisin Blédurt impeccable. Le tout se déroulant dans le jardin du pavillon familial, dans la maison ou dans la rue. L'école et le terrain vague viendront après, comme les nombreux copains de classe. On ne trouve ici que quelques potes du Petit Nicolas, indispensables à certaines séquences.

(c) IMAV Editions / Goscinny-Sempé.
On passe des essais de tambour aux accrochages entre voisins, des courses avec la maman aux malentendus avec les uns et les autres, des séances de jeu à celles chez le coiffeur ou le photographe. Tout cela est simple et parfaitement délicieux, d'une naïveté bon enfant pleine de gags qui demeurent extrêmement drôles aujourd'hui. Jacques Tati n'est parfois pas loin. L'ensemble des planches montre que tout était déjà bien en place et ficelé.

Quelques transformations des planches de bande dessinée en récits illustrés figurent dans la dernière partie du livre. Le texte se déploie alors tandis que le dessin se condense.

"Le Petit Nicolas, la bande dessinée originale" est une délicieuse découverte, qui a le charme des albums de photos anciennes qu'on retrouve au grenier. On y retrouve l'esprit de ceux qu'on connaît. Ils sont juste un rien plus jeunes. Excellente initiative que cette publication qui réjouira tous les fans du Petit Nicolas de la première heure.

(c) IMAV Editions / Goscinny- Sempé.


Une page du "Moustique" des Editions Dupuis.




Le prix Rossel 2017 va à Laurent Demoulin

Laurent Demoulin.

Le jury du 74e prix Rossel a opté à l'unanimité ce jeudi 7 décembre pour le premier roman du Liégeois Laurent Demoulin, "Robinson" (Gallimard, collection Blanche, 240 pages), sorti en novembre dernier, après la course aux prix français et dont on a beaucoup parlé en bien. Un livre qui avait déjà été mis à l'honneur en mars par l'Académie Royale de Langue et de Littérature française de Belgique (lire ici).

Entre récit et roman, le livre met en scène Robinson, un enfant autiste de dix ans, vu à travers les yeux de son père, le narrateur de l'histoire. Bien sûr, on comprend tout de suite que le père du livre et l'écrivain ont bien des points communs. Maître de conférences à l'Université de Liège, spécialiste notamment de Roland Barthes et Francis Ponge, Laurent Demoulin s'en est expliqué à de multiples reprises. Son livre s'avère lumineux malgré (au-delà?) de la grande présence de caca (le petit garçon porte des couches-culottes dont il se débarrasse parfois pour en faire un moyen d'expression) - autant le savoir pour être moins surpris.

Voici comment l'éditeur présente le livre:

"Robinson est une île sauvage.
Robinson est un monde.
Robinson est un Sisyphe heureux.
Robinson est un enfant autiste.
Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de la paternité hors norme, où le quotidien (faire les courses, prendre le bain, se promener) devient une poésie épique. Détonantes scènes décrites dans leur violence et leur scatologie les plus crues: Robinson ne parle pas, ne se contient pas, il s'exprime dans les mêmes gestes faits et refaits, avec cependant la même joie et le même intérêt, s'achevant dans les fèces le plus souvent.
Ainsi Robinson est un adepte de Paul Valéry: "Le monde est menacé par deux choses: l'ordre et le désordre."
À cette vie au présent, unique unité de temps comprise par l'enfant, le père répond par une attention de chaque instant et ses soins constants, un humour sans faille et une éponge toujours prête. Avec intelligence et pudeur, ce père nous décrit ces microscènes dans une langue précise et maîtrisée, que son fils, privé de parole, ne saura appréhender. Peut-être est-ce là la seule raison d'être de ce texte tissé entre eux: Robinson ne le lira jamais."

Tout y est dit et bien dit.

Le jury du prix Rossel est présidé par Pierre Mertens et composé de Thomas Gunzig, Michel Lambert, Ariane Le Fort, Isabelle Spaak, Jean-Luc Outers, Jean-Claude Van Troyen, ainsi que deux librairies tournants, Sophie Roelants (A livre ouvert, à Woluwe-Saint-Lambert) et Frédéric Neve (Décalonne, à Tournai) cette année, Daniel Couvreur, chef du service culture, en assurant le secétariat.

On peut lire le début de "Robison" ici.

Pour rappel, les quatre autres finalistes étaient Victoire de Changy ("Une dose de douleur nécessaire", Autrement), Zoé Derleyn ("Le goût de la limace", Quadrature), Marcel Sel ("Rosa", Onlit) et Nathalie Skowronek ("Un Monde sur mesure", Grasset).


Palmarès

2016 Hubert Antoine, "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici)
2015 Eugène Savitzkaya, "Fraudeur" (Minuit)
2014 Hedwige Jeanmart, "Blanès" (Gallimard, lire ici)

2013  Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" (Genèse Édition)
2012 Patrick Declerck, "Démons me turlupinant" (Gallimard)
2011 Geneviève Damas, "Si tu passes la rivière" (Luce Wilquin)
2010 Caroline De Mulder, "Ego Tango" (Champ Vallon)
2009 Serge Delaive, "Argentine" (La Différence)
2008 Bernard Quiriny, "Contes carnivores" (Seuil)
2007 Diane Meur, "Les Vivants et les Ombres" (Sabine Wespieser)
2006 Guy Goffette, "Une enfance lingère" (Gallimard)
2005 Patrick Delperdange, "Chants des gorges" (Sabine Wespieser)
2004 Isabelle Spaak, "Ça ne se fait pas" (Equateurs)

2003 Ariane Le Fort, "Beau-fils" (Seuil)
2002 Xavier Deutsch, "La Belle Étoile" (Le Castor Astral)
2001 Thomas Gunzig, "Mort d'un parfait bilingue" (Au Diable Vauvert)
2000 Laurent de Graeve, "Le Mauvais Genre" (Editions du Rocher)
1999 Daniel De Bruycker, "Silex. La tombe du chasseur" (Actes Sud)
1998 François Emmanuel, "La Passion Savinsen" (Stock)
1997 Henry Bauchau, "Antigone" (Actes Sud); Jean-Philippe Toussaint, "La Télévision" (Minuit)
1996 Caroline Lamarche, "Le Jour du chien" (Minuit)
1995 Patrick Roegiers, "Hémisphère nord" (Seuil)
1994 Alain Bosquet de Thoran, "La Petite Place à côté du théâtre"

1993 Nicole Malinconi, "Nous deux"
1992 Jean-Luc Outers, "Corps de métier"
1991 Anne François, "Nu-Tête"
1990 Philippe Blasband, "De cendres et de fumées"
1989 Jean Claude Bologne, "La Faute des femmes"
1988 Michel Lambert, "Une vie d'oiseau"
1987 René Swennen, "Les Trois Frères"
1986 Jean-Claude Pirotte, "Un été dans la combe"
1985 Thierry Haumont, "Le Conservateur des ombres"
1984 Jean-Pierre Hubin, "En lisière"

1983 Guy Vaes, "L'Envers"
1982 Raymond Ceuppens, "L'Été pourri"
1981 François Weyergans, "Macaire le Copte"
1980 Jacques Crickillon, "Supra-Coronada"
1979 Jean Muno, "Histoires singulières"
1978 Gaston Compère, "Portrait d'un roi dépossédé"
1977 Vera Feyder, "La Derelitta"
1976 Gabriel Deblander, "L'Oiseau sous la chemise"
1975 Sophie Deroisin, "Les Dames"
1974 André-Marcel Adamek, "Le Fusil à pétales"

1973 Georges Thinès, "Le Tramway des officiers"
1972 Irène Stecyk, "Une petite femme aux yeux bleus"
1971 Renée Brock, "L'Étranger intime"
1970 Pierre Mertens, "L'Inde ou l'Amérique"
1969 Franz Weyergans, "L'Opération"
1968 Charles Paron, "Les vagues peuvent mourir"
1967 Marie Denis, "L'Odeur du père"
1966 Eugénie De Keyser, "La Surface de l'eau"
1965 Jacques Henrard, "L'Écluse de novembre"
1964 Louis Dubrau, "A la poursuite de Sandra"

1963 Charles Bertin, "Le Bel Âge"
1962 Maud Frère, "Les Jumeaux millénaires"
1961 David Scheinert, "Le Flamand aux longues oreilles"
1960 Victor Misrahi, "Les Routes du Nord"
1959 Jacqueline Harpman, "Brève Arcadie"
1958 Stéphane Jourat, "Entends, ma chère, entends"
1957 Edmond Kinds, "Les Ornières de l'été"
1956 Stanislas d'Otremont, "L'Amour déraisonnable"
1955 Lucien Marchal, "La Chute du grand Chimu"
1954 Jacqueline de Boulle, "Le Desperado"

1953 Paul-Aloïse De Bock, "Terres basses"
1952 Albert Ayguesparse, "Notre ombre nous précède"
1951 Daniel Gillès, "Mort la douce"
1950 André Villers, "La Griffe du léopard"
1949 Jean Welle, "Le bonheur est pour demain"
1948 Nelly Kristink, "Le Renard à l'anneau d'or"
1947 Maurice Carême, "Contes pour Caprine"
1946 Max Defleur, "Le Ranchaud"
1939 Madeleine Ley, "Le Grand Feu"
1938 Marguerite Guyaux, "Bollèche"




Kitty Crowther raconte le peintre Jan Toorop

Jan Toorop par Kitty Crowther. (c) Versant Sud Jeunesse.

Le 7 novembre dernier, lors d'une conférence à Bruxelles organisée dans le cadre d'Europalia Indonesia (lire ici), Kitty Crowther a évoqué la création de son album "Jan Toorop, Le Chant du temps" (l'école des loisirs/Pastel, lire ici), sorti en français l'an dernier. Un peintre néerlandais né à Java dans les Indes néerlandaises.



Voici quelques extraits de son intervention, transcrits par les éditions Versant Sud Jeunesse que je remercie pour ce travail.

"L'album "Le Chant du temps" est une commande, ce que je n'ai pas l'habitude d'accepter. Le Gemeente Museum de La Haye et les Editions Leopold m'ont proposé de réaliser un ouvrage autour du peintre hollandais Jan Toorop à l'occasion d'une exposition sur son œuvre.  
Ce qui était intéressant pour moi, c'est qu'il ne s’agissait pas de faire un livre pédagogique mais de réaliser un album personnel qui propose une entrée en matière et que je m'approprie l'univers de ce peintre. Il ne fallait pas que je devienne Jan Toorop, mais il ne fallait pas non plus que je fasse du Kitty Crowther. Ce projet me sortait de ma zone de confort, et cela m'intéressait de me confronter à l'histoire de l'art. C'est ainsi qu'a commencé ma balade dans l'univers de cet artiste.
J'ai passé une partie de mon enfance à Veere, en Hollande, où mon père avait acheté une maison. Tout près de là se situe le village de Domburg, où beaucoup de peintres se sont rendus car il y a là-bas une lumière particulière, un peu brumeuse. Jan Toorop y avait une maison. Ce lieu a établi une connexion entre nous. C'était une façon pour moi de remercier cette mer hollandaise, et cela a donné du sens à ce travail.
Faire ce livre, cela signifiait vivre avec Jan Toorop pendant plusieurs mois. Il fallait que cela me parle et que je puisse l'honorer. J'ai passé un temps infini à regarder ses tableaux, jusqu'à me laisser totalement absorber par son œuvre. Je ne savais pas encore, alors, quelle histoire j'allais raconter. Il faut laisser du temps au processus de création, faire son chemin dans le livre. 
J'ai sélectionné les tableaux qui m'intéressaient le plus, cherchant un lien, un chemin à travers eux. Et puis, à force de regarder son travail, je me suis aperçue qu'il y avait toujours deux figures féminines qui apparaissaient. J'ai décidé qu'elles seraient comme des anges gardiennes, présentes au long de l'histoire. On retrouve dans l'album ces deux êtres un peu particuliers, un peu flottants.

Jan Toorop par Kitty Crowther. (c) Versant Sud Jeunesse.

Toorop est né en 1858 sur l’île de Java, dans une famille de cinq enfants. Son père avait des origines norvégienne et indonésienne, sa mère était moitié chinoise, moitié anglaise. Il me semblait reconnaître dans certains tableaux des silhouettes de marionnettes wajang (théâtre d'ombres indonésien). Leurs spectacles racontaient les grandes sagas du Mahabharata: des histoires de guerres éternelles, de dieux, de rois et des reines. Enfant, Jan Toorop a très probablement assisté à ces spectacles.
A onze ans, Jan quitte sa famille, son île, pour suivre un bon enseignement en Hollande. Il ne les reverra jamais. Une anecdote raconte que le capitaine du bateau le conduisant vers l’Europe lui aurait dit, en admirant ses dessins: "Et surtout, ne t'arrête pas de dessiner."
Dans ce livre, je me suis fait plaisir en travaillant le motif de l'eau. Adolescente, j'adorais Léon Spilliaert, et je l'adore toujours. Je suis fascinée par son mystère, sa façon de traduire du monde, son sens de la composition. J'ai été inspirée par sa représentation de l'eau (notamment dans le tableau "La baigneuse"), ainsi que par celle de David Hockney.
Quand on se pose, qu'on s'arrête et qu'on regarde vraiment, on se met à voir les choses d’une autre manière. Tout à coup, des couleurs qu'on n'avait pas vues apparaissent.
Paul Verlaine a connu Jan Toorop. Voici ce qu'il disait de lui: "Un superbe Javanais brun de teint aux yeux sombres extraordinairement doux, à la barbe épaisse et molle, bleue à force d'être noire".
Toorop fut le premier à avoir exposé Van Gogh. Lors d'un voyage à Vienne, il a rencontré Klimt, chez qui l’on retrouve l'influence du peintre hollandais. Dans son œuvre, il passe par toute une série de style différents: pré-impressionnisme, impressionnisme, pointillisme, et symbolisme, qui correspond à la période la plus connue de l'œuvre de Toorop. C'est une époque dramatique, avec la pauvreté, la misère, puis la guerre. Le symbolisme de Toorop, avec sa mythologie, ses légendes, la psyché, amène une interrogation, un miroir, une mise en lumière sur cette période.
Sa fille, Charley Toorop, est devenue une peintre importante, réalisant de très grands autoportraits.
Faire ce livre m'a rappelé un épisode de mon enfance: j'étais allée avec l'école au Musée à Ostende et j'avais été marquée par des tableaux d'Ensor. Je suis frappée par la trace qu'ils m'ont laissée. Cela montre bien que les enfants ont besoin d'avoir accès à de la qualité, d'être confrontés à l'art, sans qu'on doive se poser la question de ce qui est "pour enfant" ou "pour adulte". Ce travail m'a permis de dépasser cette interrogation."

Jan Toorop par Kitty Crowther. (c) Versant Sud Jeunesse.

Exposition à Schaerbeek

Depuis le 2 décembre et jusqu'au 31 janvier 2018, une exposition consacrée à l'album "Jan Toorop, Le chant du temps", présentant des reproductions des illustrations, se déroule dans les locaux de la bibliothèque Sésame (Boulevard Lambermont, 200 à 1030 Schaerbeek), aux heures d'ouverture de la bibliothèque.





mardi 5 décembre 2017

Un salon du livre jeunesse à Bruxelles en 2018!


Yes! Ce n'est pas faute de l'attendre ou de le suggérer mais il y aura enfin un Salon du livre jeunesse à Bruxelles en 2018. Il se tiendra du mercredi 3 octobre au dimanche 7 octobre, à Brussels Expo, soit dans un des Palais du Heysel pour les anciens. Ceux-là mêmes qui se souviendront que la Foire du livre de Bruxelles y a fait escale de 1993 à 1996.

Enfin un salon consacré uniquement aux livres pour la jeunesse à Bruxelles! Depuis quand pleurait-on? Depuis très longtemps. Il y avait bien eu celui qui s'est tenu à Namur de 1999 à 2012 avant de filer à Charleroi l'année suivante. Renommé dans ses premières éditions - on m'en parlait encore à Montreuil ce week-end -, il s'était effiloché peu à peu, le déménagement dans le Hainaut lui donnant le coup de grâce, notamment quand les enfants n'y furent plus admis. Depuis 2016, il n'avait même plus sa place propre, se limitant à un "Espace livre jeunesse".

Ce nouvel essai de Salon du livre jeunesse, dont on souhaite évidemment qu'il soit transformé, notamment à cause de sa localisation, sera comme les précédents adossé au Salon Education, né en 1994. Il sera d'ailleurs organisé comme ce dernier et comme les précédents salons du livre jeunesse par People & Places. Aux manettes, Luc Battieuw qu'on ne présente plus dans notre royaume et le CLJBxl (Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles). On nous promet que, cette fois, les cibles respectives seront mieux définies et les moyens nécessaires pour animer un bon salon consacré à la littérature de jeunesse alloués. Comme lors des premières éditions à Namur? On l'espère. Comme on espère que les éditeurs se montreront nombreux et intéressés à prendre part à la version bruxelloise.

La Belgique conserve la particularité de ne pas organiser de salons, fêtes ou festivals du livre jeunesse comme ils sont légion en France. Dommage, car le virus de la lecture se contracte vite et se transmet rapidement. Ce qui se passe outre-Quiévrain l'a prouvé à suffisance.

Pour l'anecdote, mon annonce du premier Salon du livre jeunesse à Namur, en 1999.

L'envie des livres ne demande qu'à grandir

Tout arrive au royaume de Belgique! Même un Salon du livre de jeunesse. Le premier du genre se tiendra à Namur, en parallèle au sixième Salon éducation, du 20 au 24 octobre.
Il est l'aboutissement d'un vieux rêve. Editeurs, libraires et médiateurs de toute espèce souhaitaient depuis longtemps que les livres destinés aux 0 à 16 ans soient rassemblés en un même lieu. Les dernières Foires du livre de Bruxelles ont ravivé les regrets quant à l'absence d'espace dédié à la littérature de jeunesse. Les lecteurs voyageurs gardent des souvenirs émus de leurs déplacements au Salon du livre de jeunesse de Montreuil qui se tient depuis 14 ans, en décembre, dans la banlieue parisienne.
La vitesse supérieure a été enclenchée par l'Association belge des libraires de jeunesse. Elle a contacté Frank Léglise, organisateur du Salon éducation, et lui a demandé de créer un salon du livre de jeunesse. L'affaire s'est concrétisée, poussée par la vague de fond qui souligne l'importance de la lecture dans le développement de l'enfant.
Placée sous le thème "(Re)donner aux jeunes le goût de lire", cette première édition mettra l'accent sur la richesse et la diversité de la littérature de jeunesse. Les éditeurs, tous présents à l'exception du Seuil Jeunesse, proposeront leurs nouveautés et le fond de leurs maisons. Cent cinquante animations sont prévues, contes, rencontres d'auteurs, conférences et expositions dont une sur l'auteur-illustrateur liégeois José Parrondo.

Affaire à suivre donc que ce Salon du livre jeunesse 2018. Beaucoup de questions sont encore ouvertes aujourd'hui, thème, invités, programme, heures, prix (la Foire du livre de Bruxelles a donné le bon exemple de la gratuité, le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis aussi). Mais la nouvelle est excellente.








Le Salon de Montreuil 2017, c'est fini. Bilan et textes glanés dans l'expo "Face à face"

L'affiche 2017.

Le 33e Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis qui avait pour thème "Les représentations de l'enfance dans la littérature jeunesses" s'est achevé hier, lundi 4 décembre, sur un bilan satisfaisant. La fréquentation de 175.000 visiteurs pour les six jours est identique à celle de l'an dernier. La gratuité d'accès a permis la présence de nombreux ados. La programmation ouverte aux artistes étrangers, dont Isol, a été appréciée. Les éditeurs semblent satisfaits de leurs ventes et ont goûté les longues queues pour certains de leurs auteurs en dédicace, dont les lauréats des Pépites 2017 (lire ici).


Voilà pour les étages. Au sous-sol se tenait la grande exposition "Face à face",  qui a permis d'admirer les œuvres de treize illustrateurs européens, des confirmés comme Beatrice Alemagna, Blexbolex et Benjamin Chaud, de nouveaux talents comme Delphine Bournay, Mara Cerri, Audrey Calleja ou Carmen Segovia, de jouer avec les miroirs, de tester l'atelier interactif de  Gwen Le Gac ou la réalité virtuelle de l'album "Nos vacances", de Blexbolex, Pépite d'or.

Audrey Calleja.
Beatrice Alemagna.



Carmen Segovia.
Blexbolex.

Gwen Le Gac.
Annabelle Buxton.












Benjamin Chaud.

Une belle scénographie en labyrinthe, difficile à reproduire ici. Mais les différents artistes avaient signé pour "Face à face" de petits textes sur "Dessiner l'enfant, dessiner l'enfance". En voici quelques-uns.












Leurs derniers nouveaux titres parus



Annabelle Buxton
"Tom & Tow"
Albin Michel Jeunesse

Audrey Calleja
"L'alphabet magique"
Avec une loupe pour découvrir les mots cachés
Nathan

Beatrice Alemagna
"Un grand jour de rien"
Albin Michel Jeunesse
lire ici

Benjamin Chaud
"Les petits Marsus"
Little Urban
lire ici

Blexbolex
"Nos vacances"
Albin Michel Jeunesse
lire ici



Gwen Le Gac
Christophe Honoré
"Un enfant de pauvres"
Actes Sud

Mara Cerri
Elena Ferrante
"La plage dans la nuit"
traduit de l'italien par Elsa Damien
Gallimard Jeunesse







Quant à la 34e édition, elle se tiendra du 28 novembre au 3 décembre 2018.