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vendredi 21 avril 2017

Les libraires tirent la couverture à eux samedi


Euh, rappelez-moi, SVP. Que se passe-t-il le dimanche 23 avril?
Mais oui, voilà, ça me revient. C'est la Sant Jordi en Catalogne, devenue la Fête de la Librairie par les libraires indépendants ici (lire ici).

Mais comme elle tombe cette fois un dimanche, la dix-neuvième édition de cette fête annuelle se tiendra le samedi 22 avril. Le Syndicat des libraires francophones de Belgique (SLFB) s'associe à nouveau à l'action de l'association Verbes fondée par Marie-Rose Guarniéri (librairie des Abbesses, Paris 18e) qui l'a créée et la porte.

Parfois, on la résume dans l'expression, "Un livre, une rose". Si ce sont deux cadeaux faits ce jour-là aux clients, c'est aussi l'occasion de saluer le travail des libraires. Des êtres humains qui lisent les livres et les conseillent en fonction de ce qu'ils savent de leurs clients. Sans commune mesure avec des algorithmes.


Concrètement, ce sont près de 500 librairies en France, en Belgique (voir la liste des 40 en fin de note), au Luxembourg et en Suisse francophones qui y participent ce samedi. L'occasion de tirer pour une fois la couverture à elles.

En effet; "Le Corps du livre" (en partenariat avec Actes Sud, 144 pages), le livre offert traditionnellement aux participants à la journée, en plus de la rose, tiré à 23.000 exemplaires, examine sous toutes ses coutures la genèse de la couverture des livres.
Largement illustré d'images et de témoignages, il mène l'enquête sur ce que raconte une couverture. Il rend hommage aux pionniers des métiers de l'illustration, du graphisme et de la typographie, comme Massin ou Pierre Faucheux, et sort de l'ombre ceux qui y travaillent aujourd'hui.

Cet ouvrage hyper intéressant car abordant pour le grand public un sujet de spécialistes réunit enfin des contributions d'éditeurs contemporains sur la genèse de leurs couvertures les plus mémorables, dont certaines sont devenues cultes:  Bertrand Py pour Actes Sud, Gérard Berréby pour Allia, Jean-Luc Barré pour la collection Bouquins de Robert Laffont, Christian Bourgois, Jean-Claude Zylberstein pour 10/18, Anne Simonin pour les Editions de Minuit, Olivier Cohen en interview pour les Editions de l'Olivier, Paul Otchakovsky-Laurens pour les éditions P.O.L, Dominique Bordes pour Monsieur Toussaint Louverture, Frédéric Martin pour Le Tripode.

Un formidable parcours historico-graphique dans l'édition française, complété de trois textes inédits des écrivains Laurent Gaudé, Linda Lê et Annie Le Brun.

Les Editions de Minuit. (c) Le Corps du livre.
P.O.L. (c) Le Corps du livre.

Voilà pour la Sant Jordi 2017, que chaque librairie célébrera également à sa façon, invitant ici un ou des écrivains durant la journée de samedi, organisant là une "opération dictionnaire suspendu" locale... A chacun de consulter le site de son libraire indépendant préféré.

Pour le reste, où en est-on?

La librairie indépendante est toujours fragile. "Le début d'année est difficile pour de nombreux libraires", analyse Régis Delcourt, de la librairie Point-Virgule à Namur et Président du Syndicat des libraires francophones de Belgique (SLFB) , "les éditeurs français retiennent les bons titres pour septembre en raison des élections. Mais il y a, et c'est très important, un réel militantisme chez de nombreux clients qui, plus que jamais, souhaitent défendre la librairie indépendante. Je pense que beaucoup veulent du conseil, un accueil, des rencontres avec des auteurs. Nous en réalisons beaucoup chez nous et il y a toujours pas mal de monde. De mon côté, je suis plutôt confiant et suis certain que la communication autour de la loi et la disparition de la tabelle seront bénéfiques à notre secteur."
A Bruxelles, la librairie Candide constate avec surprise et joie un net accroissement d'année en année de la vente des poches.

Quant à la tabelle, elle suit sa route (lire ici) et le calendrier prévu. Et pourrait donc être prête en janvier 2018, juste avant la Foire du livre de Bruxelles.


Les libraires indépendants belges participants

  • Tropismes, Galerie des Princes, 11, 1000 Bruxelles
  • Tulitu, Rue de Flandre, 55, 1000 Bruxelles
  • Candide, Place Brugmann, 1-2, 1050 Bruxelles
  • Les yeux gourmands, Avenue Jean Volders, 64A 1060 Bruxelles
  • Librairie Jaune, Rue Léopold 1er , 499, 1090 Bruxelles
  • U.O.P.C.,  Avenue Gustave Demey, 14-16, 1160  Bruxelles
  • La Licorne, Chaussée d'Alsemberg, 715, 1180 Bruxelles
  • A Livre Ouvert-Le Rat conteur, Rue St Lambert, 116, 1200 Bruxelles
  • L'Ivre de Papier, Rue St Jean, 34, 1370 Jodoigne
  • Au P'tit Prince, Rue de Soignies, 12, 1400 Nivelles
  • Graffiti, Chaussée de Bruxelles, 129, 1410 Waterloo
  • Le Baobab, Rue des Alliés, 3, 1420 Braine-l'Alleud
  • Livre aux Trésors, Place Xavier Neujean, 27A, 4000 Liège
  • La Parenthèse, Rue des Carmes, 24,  4000 Liège
  • Pax, Place Cockerill, 4, 4000 Liège
  • Librairie Siloë, Rue des Prémontrés, 40, 4000 Liège
  • Le Long Courrier, Avenue Laboulle, 55, 4130 Tilff
  • Autre chose, Rue Albert 1er, 40, 4280 Hannut
  • La Dérive, Grand Place, 10, 4500 Huy
  • Au fil d'Ariane, Rue Henri Hurard, 5, 4800 Verviers
  • Les Augustins, Pont du Chêne, 1, 4800  Verviers
  • Au fil d'Ariane 3, Avenue de Spa, 59, 4802 Heusy
  • Pages après pages, Rue Dr Henri Schaltin, 7,  4900 Spa
  • Au fil d'Ariane 2, Rue Catherine André, 2, 4960 Malmedy
  • Papyrus, Rue Bas de la Place, 16, 5000 Namur
  • Point-Virgule, Rue Lelièvre, 1, 5000 Namur
  • Antigone, Place de l'Orneau, 17, 5030 Gembloux
  • DLivre, Rue Grande,  67A, 500 Dinant
  • Molière, Bld Tirou, 68, 6000 Charleroi
  • Librairie Croisy, Rue du Sablon, 131, 6600 Bastogne
  • Du tiers et du quart, Rue de Neufchâteau, 153, 6700 Arlon
  • Le point virgule, Grand Place, 21, 6700 Arlon
  • Le Temps de lire, Rue du Serpont, 13, 6800 Libramont
  • Oxygène, Rue St Roch, 26, 6840 Neufchâteau
  • Leto, Rue d'Havré, 35, 7000 Mons
  • Polar & Co, Rue de la Coupe, 36, 7000 Mons
  • Ecrivain Public, Rue de Brouckère, 45, 7100  La Louvière
  • Librairie de la Reine, Grand Place, 9, 7130 Binche
  • Chantelivre, Quai Notre-Dame, 10, 7500 Tournai
  • Decallonne, Grand Place, 18, 7500 Tournai





jeudi 20 avril 2017

Souvenir: Eva Eriksson, juste et drôle

Eva Eriksson.

Un album d'images posté sur Facebook me rappelle combien j'apprécie le travail d'illustratrice de la Suéoise Eva Eriksson. Quelle merveilleuse artiste, entrée en littérature de jeunesse en 1979. Les enfants ont de la chance. Voici quelques-uns de ses albums qui me sont revenus en mémoire.


"Juju le bébé terrible"
bien entendu
Barbro Lindgren
Eva Eriksson
La Farandole, 1982, épuisé
retraduit chez Mijade, 2006

Juju, le bébé terrible, et sa maman grande, un peu forte et surtout terriblement gentille. Le bébé en profite pour lui en faire voir de toutes les couleurs. Les bêtises s'enchaînent: descentes d'escalier, ploufs dans l'eau de vaisselle, échappées... Mais derrière tout cela, on perçoit la formidable complicité entre eux et leur immense amour.



Les séries débordantes d'humour  "Tom", "Mini Bill" et "Cricri lapin" de Barbro Lindgren et Eva Eriksson (Casterman et Duculot, épuisés, l'école des loisirs/les lutins, un titre disponible), explorant aussi l'univers des tout-petits avec des héros pleins de vie et aux bouilles particulièrement sympathiques.


"Le monsieur, la dame,
et quelque chose dans le ventre"
Kim Fupz Aakeson 
Eva Eriksson
traduit du danois par Nils Ahl
L'école des loisirs/Pastel, 2003

L'illustratrice suédoise Eva Eriksson fait de ses personnages les héros d'albums formidables. Des albums qui offrent un double plaisir de lecture: d'abord, celui, immédiat, de leur humour ravageur; ensuite, celui, plus profond, de la portée universelle des situations intimes qu'ils décrivent. Celui-ci, fable magnifique qui rappelle qu'avec l'amour, tout change, même ce qui est rationnel et logique, vaut aussi son pesant de petits Jésus.

Il met en scène un couple d'adultes heureux - ils s'aiment tellement qu'ils ne cessent de s'embrasser. Un matin, la dame déclare: "Je crois que j'ai quelque chose dans le ventre!" L'annonce fait glisser le récit d'une situation quotidienne réelle, drôle, pétillante, vers le fantastique: si la dame est bien enceinte, le bébé qu'elle met au monde n'est pas humain... Commentaire de l'homme: "Ah!" Commentaire de la dame: "Ah!"

Le couple passe par un premier stade où il essaie de mettre le bébé en conformité avec la norme, puis s'enfonce dans un marasme de plus en plus profond. Son équilibre est-il définitivement perdu? Non. Lors d'une visite au zoo, les parents découvrent un bébé humain élevé par les singes et prennent conscience de leur amour pour leur propre petit. Cette scène miroir est le pivot du récit, qui repart avec un bébé accepté.

Eva Eriksson confie que lorsqu'elle a reçu le texte, elle pensait qu'il y aurait un échange des enfants, apparemment intervertis, et que c'est en dessinant les images, en faisant vivre son personnage, en l'aimant, qu'elle a compris que l'échange était impossible.


"Le meilleur spectacle du monde"
Ulf Nilsson
Eva Eriksson
traduit et adapté du suédois par Alain Gnaedig
l'école des loisirs/Pastel
40 pages, 2012

A six ans, le jeune narrateur est très fort pour chanter plein de chansons à son petit frère. Dans l'intimité de la maison. A l'école, il se montre plutôt timide. Ce qu'admet la maîtresse qui lui propose de juste annoncer la fin du spectacle de leur classe. Mais même ça, c'est trop. Jusqu'à ce qu'un petit sauveur grimpe sur scène et donne confiance à son aîné. Bien vu.


"Grand-père est un fantôme"
Kim Fupz Aakeson
Eva Eriksson
traduit du danois
l'école des loisirs/Pastel
2005

Esben perd subitement son grand-père, mort d'une crise cardiaque au coin de la rue. Le rouquin nous fait part de ses émotions et de ses sentiments, de son désarroi surtout. Par exemple, quand sa maman lui dit que l'aïeul est monté au ciel alors que son papa lui explique qu'il va être mis en terre et que là-dessous, il se transformera lui aussi en terre et disparaîtra.

Voilà beaucoup d'explications pour un petit garçon qui finit par trouver sa propre voie quand son Grand-père revient la nuit, tel un fantôme. Pas de peur chez Esben, amusé au contraire de voir son aïeul traverser les murs, aller et venir dans le quartier ou crier "ouououououououhhhh". Mais le mort n'est pas heureux. Il cherche quelque chose, sans trop savoir quoi. Il égrène ses souvenirs avant d'écouter ceux de son petit-fils, déclic qui lui permettra de prendre congé d'Esben. Album un peu étrange aux images lumineuses et au texte attachant et rassurant. Un vrai livre d'amour.


"Nos petits enterrements"
Ulf Nilsson
Eva Eriksson
traduit du suédois par Alain Gnaedig
l'école des loisirs/Pastel, 2006

Petits arrangements avec la mort, entre jeux d'enfants et premiers sentiments devant la mort. Le narrateur, Esther et Lolo décident d'enterrer les animaux qu'ils trouvent morts. Après la tombe pour un bourdon, ce sera celle pour une musaraigne, un hamster et un coq... Une vraie petite entreprise. Sauf que la mort n'est jamais chose facile. Un beau texte, entre conte et poésie.


"Mimi et la biscuiterie"
Viveca Sundvall
Eva Eriksson
traduit du suédois
l'école des loisirs, 1989

Mimi Ljung est une jeune Suédoise de six ans. Elle nous raconte sa vie familiale, avec son papa facteur et sa maman serveuse dans un restaurant, sa vie avec ses copains dans la ville où est installée la biscuiterie Henry, sa vie à l'école avec son meilleur copain, Anders.

Mimi a deux préoccupations: savoir quand elle ira visiter la biscuiterie avec sa classe et savoir quand elle perdra sa première dent. Et voilà que les événements tant attendus se bousculent: une dent de Mimi se met à bouger le jour où la visite est prévue!

Mimi raconte les péripéties du déplacement. Avec toute leur naïveté et toute leur cocasse impertinence, les écoliers investissent la biscuiterie. Monsieur Henry découvre là des visiteurs bien dérangeants, mais avec beaucoup de psychologie, il répond à leurs questions. A la sortie, voilà Mimi qui perd sa dent, provoquant l'évanouissement de ses condisciples...

La visite leur ayant donné des idées, Mimi et Anders entreprennent alors d'élaborer leur propre recette de biscuits. Ingrédients: flocons d'avoine, lait caillé, œufs, raisins secs, sardines et glaces fondues. Le pire: les cuistots ont goûté de leur préparation!

Un album proche des enfants, tout en finesse et plein d'humour.





mardi 18 avril 2017

Le palmarès des prix Sorcières 2017

L'affiche 2017 des prix Sorcières, par Gilles Bachelet.

Les prix Sorcières sont décernés par les libraires de l'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse (ALSJ), dont deux en Belgique, une à Bruxelles, une à Visé, et les bibliothécaires de l'Association des Bibliothécaires de France (ABF). Ils seront remis officiellement le 25 juin au salon Clameur(s) de Dijon.

Palmarès 2017

Tout-petits

Paul a dit : tourne la page et découvre la surprise
Delphine Chedru
Hélium

Album

Petite Pépite
Nada Matta
MeMo

Première lecture

Björn, six histoires d'ours
Delphine Perret
Les Fourmis Rouges
lire ici

Roman junior

Sally Jones
Jakob Wegelius
Thierry Magnier Éditions

Roman ado

Le fils de l'Ursari
Xavier-Laurent Petit
l'école des loisirs
lire ci-dessous

Documentaire

Atlas des nuages
Julie Guillem
Actes Sud junior








Le montreur d'ours de Xavier-Laurent Petit


Plutôt que d'aller au cinéma voir un film raciste d'une heure et demie sur les Roms, pourquoi ne pas rester chez soi et lire le magnifique roman de Xavier-Laurent Petit, "Le fils de l'Ursari" (l'école des loisirs, Médium, 2016, 270 pages) qui vient de remporter un des prix Sorcières 2017? Enfin une récompense pour cet excellent texte qui a souvent été nominé mais n'avait pas encore été sacré. Un livre à la Xavier-Laurent Petit, construit sur une réalité du monde mais romanesque en diable.

Il est articulé autour de Ciprian, un gamin Rom d'environ dix ans, le narrateur. Il raconte comment le destin nomade de sa famille d'Ursaris, des montreurs d'ours, a changé quand ils ont décidé de quitter la Roumanie et de tenter leur chance à Paris. Ils laisseront provisoirement sur place la grand-mère trop âgée et l'ours de leur spectacle. Partiront le père, la mère et les trois enfants. Non sans avoir donné une dernière représentation montrant comment, le père de Ciprian lutte à mains nues contre un ours. Il est en effet temps de s'éloigner. Les ennuis ont repris, avec les flics, avec la Ligue nationaliste...

Une situation d'urgence qui n'a pas échappé aux passeurs qui proposent à la famille de l'amener à Paris. Moyennent bien entendu une grosse somme d'argent à rembourser au terme du mois. A moins d'intérêts hallucinants. Un voyage éprouvant, qui n'est rien en comparaison de la situation à l'arrivée, un campement, un bidonville, sur lequel règne aussi une mafia. Le père deviendra ferrailleur, la mère et la sœur mendiantes professionnelles, le frère voleur de portefeuilles...

A ce réalisme, Xavier-Laurent Petit oppose le sort original de Ciprian, qui, lors de promenades au jardin du Luxembourg, observe avec intérêt des joueurs d'échecs. Avec intérêt et compétence car la logique du jeu lui semble naturelle, évidente... Aurait-il un don? Il a en tout cas de la volonté, dont celle d'apprendre le français, ce qu'il va faire avec une splendide obstination à l'aide d'un dictionnaire. Le gamin sans papiers aurait-il là une chance d'infléchir le cours de sa vie, et par ricochet, celle de ses proches? Réponse dans ce roman plein de rebondissements prenants, qui montre aussi que ce qui a mal débuté peut bien se terminer. "Le fils de l'Ursari" est une histoire vieille comme le monde, celle de nomades et de sédentaires.

Cette image, prise dans un  pays de l’Est vers 1950, où un homme, torse nu, se bat avec un ours devant des spectateurs, a été le point de départ des recherches de Xavier-Laurent Petit sur les "Ursari".



Quatre questions à Xavier-Laurent Petit

Quel a été l'élément déclencheur de ce roman?
Xavier-Laurent Petit.
Il y en a eu deux, deux histoires vraies. D'abord, une famille rom que je croisais régulièrement il y a trois ou quatre ans en sortant de la gare de Lyon (j'habite en Bourgogne). Elle était près de la gare, sous un auvent, les parents et les enfants, quel que soit le temps. J'avais des réactions diverses: incompréhension, mauvaise conscience, pitié, colère ("pas d'enfants dehors"). Ensuite, l'histoire de Fahim Mohammad, un gamin du Bangladesh doué pour les échecs que son père a emmené en France comme réfugié politique, qui a abouti à Créteil et qui a obtenu ses papiers parce qu'il était indispensable qu'il les ait pour intégrer l'équipe d'échecs de France junior – aujourd'hui, il est toujours très bien classé. J'ai entrelacé ces deux histoires.
Pourquoi avoir choisi les Roms?
Parce que j'ai l'impression qu'ils font partie des gens les plus mal considérés d'Europe, et ce depuis longtemps. Ce sont des gamins comme les autres, prêts à faire autre chose que voler. Ils posent la question du nomadisme et de la scolarisation. J'avais envie d'un Rom avec un don et que son apprentissage du langage passe par le dictionnaire. Il y a longtemps, j'ai fait un atelier d'écriture à Créteil avec une douzaine de gamins. La seule langue commune entre eux était le français. L'enseignante ne s'enfermait pas dans des méthodes et ils étaient très réactifs.
Comment avez-vous choisi vos joueurs d'échecs du Jardin?
Madame Baleine a le volume de sa générosité et de sa colère. Sigismond Lempereur est un homme puissant et protecteur dont le format contribue à la puissance. Ils sont en décalage par rapport à la réalité et ce décalque  donne un peu de flou. Ce n'est ni trop collé ni trop éloigné du réel.
Vous évoquez la violence sans jamais la décrire.
La violence vue ailleurs, à la télé, au cinéma, permet aux lecteurs de mettre des images sur les scènes de violence que j'écris sans que j'entre dans les détails. Les histoires n'existent que parce que je les raconte. Après, chacun en fait ce qu'il veut.





"Dessins sans papiers" en visite à Bruxelles


"Dessins sans papiers" est un collectif français qui organise des ateliers de dessin dans des camps de migrants et dans des centres d'hébergement près de Paris. Il réunit journalistes, urbanistes, dessinateurs, étudiants, professeurs, réalisateurs, photographes, musiciens, artistes, activistes et d'autres. Le but? Construire un réseau de solidarité entre communautés et migrants, se rencontrer et faire circuler les dessins sans papiers. Une association, ATELIER SP, gère les dons de ce projet.

Un crowdfunding a permis au collectif de publier en février un livre réunissant 200 dessins, intitulé tout simplement "Dessins sans papiers" (Atelier SP, 200 pages, 20 euros). On y trouve des dessins bien entendu dont les auteurs sont originaires du Soudan, du Tchad, du Mali, d'Iran, d'Irak, de Syrie, d’Afghanistan... Autant de pays fuis pour des raisons qui apparaissent clairement dans les dessins. La guerre principalement, déclinée à toutes les échelles. Autant d'histoires dans ces dessins, autant de vies, de souvenirs qui devraient être entendus lors des demandes d'asile.

On y trouve aussi des témoignages écrits, en français et en anglais, dont celui de Mohamed Nour Wana, originaire du Soudan: "(...) Je suis la preuve vivante de toutes vos blessures, vos peines, vos pluies de balles, vos violences, vos tortures, vos crimes, vos larmes, vos mépris, vos pensées, vos souhaits, vos rêves. Je suis le résultat de la misère, du racisme, des violences, des crimes et de la terreur infligés aux autres. Je suis mille fois tous. Sans papiers, je ne suis pas une menace pour les autres. Et vous, qui êtes-vous?"

Ou celui d'Ershad Parsa, d'Afghanistan: "(...) nous sommes passe par 1 iran 2 turke 3 bulghare 4 maqdunia 5 serbie 6 salvania 7 italia et nous ne sommes pas venu ici par avion nous sommes quelques fois dans la voiture, nous sommes rencontrent dans le petit bateau, nous pensons que nous meurent chaque fois et maintenant nous sommes en France, mais France qu’est ce que tu fais avec refugiés? (...)"

Quelques dessins de réfugiés provenant du recueil.

Abdel Fadeil (Soudan). (c) Dessins sans papiers.

Amar Tiger (Afghanistan). (c) Dessins sans papiers.


Fathel Zamn. (c) Dessins sans papiers.
Narin Hassan (Syrie). (c) Dessins sans papiers.

Ahmed Gadisa (Ethiopie). (c) Dessins sans papiers.

Zimkhang Tenzin Khedup (Tibet). (c) Dessins sans papiers.


Le livre "Dessins sans papiers" sera présenté et mis en vente à la librairie Candide (1-2 place Brugmann, 1050 Bruxelles) le jeudi 20 avril à partir de 18 heures. L'occasion de découvrir la démarche du collectif, de rencontrer des associations belges qui viennent en aide aux migrants et de visiter la petite exposition de reproductions de dessins tirés du livre qui sera visible jusqu'au 27 avril.
Le livre se vend 20 euros dont 10 seront reversés, en ce qui concerne les ventes chez Candide, à des associations belges, désireuses elles aussi de lancer de tels ateliers.

A ce propos, un premier atelier pour les hébergés aura déjà lieu le mercredi 19 avril à Bruxelles, au Centre Maximilien, en compagnie de Nathalie Dupont, professeure de français, et de l'artiste @Geraldine Marchal. Certains dessins réalisés alors pourraient bien se retrouver aux cimaises de la librairie le jeudi.

Atelier de Dessins sans papiers

"La première fois que nous avons organisé un atelier sur le camp de la Halle Pajol à Paris", explique le collectif, "des passants qui longeaient les tentes ont commencé à s'arrêter, et des échanges se sont engagés avec ceux qui dessinaient. On a continué à apporter des feutres et du papier dans les camps chaque semaine pendant tout l'été, à Pajol puis à Jaurès devant les bureaux de France Terre d'Asile, sur les tables de La Rotonde à Stalingrad, et dans des centres d'hébergement à Paris et à Nantes depuis la rentrée. 

Sur chacune de ces feuilles, il y a une histoire qui échappe à l'anonymat et à Google Translate. Ici les migrants nous font un don. Ils nous confient aussi une mission: partager ces histoires avec ceux qui veulent comprendre leur situation, au-delà des chiffres et de la politique."

Autant d'histoires que de dessins (c) Dessins sans papiers.

Le livre prend forme. (c) Dessins sans papiers. 

Pour suivre le collectif "Dessins sans papiers" sur Facebook, c'est ici.


Cet événement du 20 avril est une excellente manière de se préparer à la "Journée solidaire avec les personnes exilées" dont l'un des points forts sera la vente de dessins originaux au profit des réfugiés qui aura lieu le mercredi 10 mai à Molenbeek. Mais on en reparlera bien entendu.


vendredi 14 avril 2017

Les pochettes surprises de Pierre Raufast

Pierre Raufast.

Informaticien de son état - il est chargé de la cybersécurité chez Michelin à Clermont-Ferrand -, Pierre Raufast n'aime pas perdre son temps. C'est même sa phobie. Alors, il lit, comme un fou, toutes les œuvres d'un auteur, Brigitte Giraud, Serge Joncour, Bernard Quiriny…, ou un type de littérature. Il a ainsi eu une période sud-américaine, une période japonaise, une période américaine, une période prix Nobel... Et quand il ne travaille pas, ou qu'il ne lit pas, il écrit. "Je fais de la fiction comme je racontais des histoires à mes filles petites", me dit-il. "J'aime la créativité, l'imagination. Il m'est facile d'écrire. C'est devenu un challenge personnel."

Un challenge brillamment gagné. On est emporté par ses romans surprenants, bien ficelés, joliment écrits, mêlant le vrai et le faux, avec des mots réclamant le dictionnaire. Convoquant tous au moins un cimetière et une piscine. Pierre Raufast a publié en début d'année le bourlinguant "La baleine thébaïde" (Alma, 218 pages), son troisième roman après "La variante chilienne" (Alma, 2015) et "La fractale des raviolis" (Alma, 2014). Un quatrième est en cours d'élaboration. Précédemment, il avait signé deux livres de management sur les Fables de La Fontaine. "J'ai reçu mes premiers conseils d'écriture de Jean-Maurice de Montrémy (Alma éditeur). Je lui avais envoyé mon premier livre par la poste, ainsi qu'à sept autres maisons d'édition", indique-t-il.

"La baleine thébaïde" est le dernier d'une série de trois, pas d'une trilogie. "Il y a des personnages qu'on retrouve de l'un à l'autre et des allusions entre eux mais on peut les lire dans l'ordre qu'on veut. On apprend ici pourquoi il a plu pendant douze ans dans le livre précédent." En ultra-résumé, mais c'est gommer toutes les incises et histoires parallèles dont Pierre Raufast régale son lecteur, le roman raconte la drôle d'expédition que vit l'équipage hétéroclite embarqué à bord de l'Hirundo afin de retrouver la fameuse "baleine 52" dont la fréquence de chant est unique au monde.

Des marins d'hier et d'aujourd'hui, avec des bons, des méchants et des très méchants. A moins que ce ne soit une illusion. A trois d'entre eux, l'auteur va tour à tour donner la parole, permettant au lecteur d'affiner sa perception des faits avant qu'une quatrième partie ne clôture ce livre prenant de bout en bout, écrit avec autant de soin que d'élégance.


Sept questions à Pierre Raufast,
clin d'œil à un passage du livre.

Pourquoi ce livre?
Je voulais écrire sur la solitude. J'avais lu dans un "Sciences & vie" l'histoire vraie de la baleine 52. J'ai pensé que c'était un bon support pour évoquer la solitude dans ses formes multiples, physique, morale. J'avais des anecdotes en stock et l'idée des baleines en plastique.
Pourquoi la solitude ?
Le sujet me plaît. Il est romantique. Peut-être suis-je quelqu'un de solitaire à la base. Il y a sans doute une part autobiographique dans mes personnages. J'avais trois idées pour le livre. Celle de la solitude. Celle du parcours initiatique de Richeville qui est une sorte de Candide plus naïf que moi. Celle de l'époque folle des années 70 où on a fait d'énormes progrès en sciences, notamment en armes météorologiques. Je voulais partir de faits réels et les pousser jusqu'à l'absurde.
Pourquoi ces idées-là?
Les vérités ne sont pas uniques. Il n'y a pas des bons ou des méchants. Les sciences parce que le sujet me plaît et que je le connais. J'avais la structure du livre avant de commencer à rédiger.
Pourquoi la salve de "7 pourquoi"?
C'est une technique de management qui s'applique à propos des décisions difficiles.
Pourquoi ces personnages?
Le principal a un lien avec Alvarez.
Marc est un clin d'œil à la "Fractale des raviolis".
Dimitri pour annoncer la troisième partie.

Pourquoi passer de "je" au "il"?
Le livre est comme les marionnettes et leur fil, avec, en plus, un narrateur omniscient. Le temps oscille du passé simple, temps de la narration, au présent, par exemple quand on tue la baleine.
Pourquoi des poèmes en ouverture des différentes parties?
Les poèmes sont là pour donner une pause au lecteur et offrir des références littéraires en lien avec le titre des parties. Les poèmes sont sur la solitude, la mère, l'intellectuel.

La structure d'un livre en cours.
Pierre Raufast ne fait pas partie des écrivains tourmentés par leur personne. C'est un narrateur qui aime fignoler ses histoires. "L’écriture est pour moi un plaisir", dit-il. "Mais je ne la pratique que deux heures par semaine à cause de ma profession principale. Mon premier jet est rapide. Impossible de ne pas savoir où je vais. Puis je modifie petit à petit. Je me corrige. J'enlève. Je rajoute. Mais c'est un vrai plaisir, une vraie détente. Quand j’écris, je ne pense à plus rien d'autre. Je suis dans ma bulle. Ecrire me fait plaisir, me fait rire. J’écris pour raconter des histoires, comme un scénariste américain."  Et les lecteurs y trouvent grandement leur compte.

D'autant que l'informaticien, passionné par l'IOT (l'internet des objets connectés), sème quelques gaines en ce sens. "L'idée à propos de la baleine dans la piscine est plausible", affirme celui qui connaît les "dangers liés à leur absence de sécurité, le manque de respect de la vie privée, contrairement aux citoyens qui en ignorent tout."

Pour lire le début de "La baleine thébaïde", c'est ici.


Le livre précédent de Pierre Raufast, "La variante chilienne" (Alma, 264 pages, 2015, Folio en septembre 2017), est la rencontre de deux vacanciers, Margaux et Pascal, le prof de l'ado, et de Florin qui habite là et range ses souvenirs dans des bocaux. Chaque pierre déposée correspond à un événement de sa vie. Il va puiser dans ses cailloux pour raconter à ses visiteurs de passage quelques histoires incroyables tandis qu'eux-mêmes en auront aussi à dire sur eux-mêmes.

"C'est un livre sur la mémoire", explique l'écrivain, "le traumatisme pour Margaux, le poids des souvenirs heureux ou non. Florin n'a pas de souvenirs, il a la chance de choisir. Je traite du rôle des souvenirs, de leur importance par rapport à ce qui nous construit. Les souvenirs sont le disque dur interne d'une personne. Les cailloux sont le disque dur externe de Florin. Pascal, lui, ne vit que par les livres qu'il place entre lui et la réalité. Margaux est confrontée à un drame qu'elle a vécu".

Répertoire d'anecdotes.
Pendant deux années, Pierre Raufast a noté des idées dans des carnets. Ensuite, il lui a fallu trouver une histoire qui les relie toutes avec fluidité. Puis est venue la rédaction, parallèle à la structure d'un logiciel. Ne cherchez pas l'informaticien plus loin. L'auteur choisit de faire la structure du livre à l'avance. Il colle des post-it aux murs pour avoir tout à portée de main. "Les anecdotes sont là pour surprendre le lecteur", analyse-t-il. "Il y a des choses vraies, comme l'archéo acoustique, des choses inventées comme la pluie longue de douze ans et des choses vraisemblables. Elles servent à donner du relief aux personnages, de l'ambiance. Comme le faisait Gabriel Garcia Marquez."

Des petits cailloux qui concourent à faire de "La variante chilienne" une lecture captivante, entre histoires drôles, histoires sombres et histoires tristes.


Bon, ben, il me reste à lire fissa "La Fractale des raviolis" (Alma, 2014, Folio, 2015) et à découvrir cette première pochette surprise concoctée par Pierre Raufast.





mercredi 12 avril 2017

Le complotisme, plaie de notre temps

Dessin de Vincent Odin. (c) Le Calicot.

On pensait la propension à croire aux complots réservée aux adolescents. Mais non, elle est bien plus répandue que cela. Chez les adultes aussi, et pas seulement chez les jeunes adultes.

Comment répondre aux affirmations à propos des Illuminati et autres cocos du genre? J'avoue me sentir souvent démunie. Mais je le suis beaucoup moins depuis que j'ai découvert le livre "Croire ou pas aux complots?" de Philippe Godard, publié aux toutes nouvelles Editions jeunesse Le Calicot (80 pages, diffusion Serendip). Couverture jaune pétante, ce format poche bien conçu, illustré avec humour par Vincent Odin, explique clairement les complots et comment les désamorcer.

Seize chapitres, une conclusion et un glossaire permettent de cerner le sujet et de comprendre son mécanisme. Oui, les complots existent, mais pas partout et tout le temps, comme le disent les exemples. Oui, il faut rompre le silence autour des complots, parce qu'il en est un des ingrédients, comme le mensonge et les inventions. "Le silence permet tous les doutes", écrit l'auteur, maître en documentaires. "Puisque personne ne répond à nos questionnements, alors, il devient logique de ne pas croire à la version officielle." Certains complots sont réels mais d'autres sont faux parce qu'"inventer un complot est un moyen efficace pour éliminer des adversaires sans avoir à répondre à leurs accusations."

L'auteur répond bien entendu aux questions que suscitent les Illuminati qui, fait-il remarquer, "contrôleraient le monde, mais pas le web?" Et démonte l'histoire colportée à propos du billet de un dollar américain. L'analyse de l'idée du complot juif et ses corollaires montre bien comment un mensonge empêche ceux qui y croient de réfléchir aux vrais problèmes.

Ensuite, cet essai pratique dans les deux sens du terme, réaliste et utile, rappelle que toutes ces théories du complot sont évidemment propulsées à vitesse vv prime par internet et finissent par exister grâce à la publicité qui leur est faite. Normal, y lit-on, le complot fournit une réponse toute prête. La faute aussi aux médias traditionnels qui passent à côté des bonnes questions et ouvrent grand les voies du web aux jeunes en quête d'informations. Alors qu'on dispose tous d'un excellent outil, l'esprit critique! Exercices pratiques fournis dans le livre.

L'opinion est facilement manipulable, on le sait depuis longtemps. En pesant sur les émotions, surtout sur les peurs. "Echapper aux mensonges est possible", poursuit Philippe Godard. "Il faut alors, absolument, démêler vraies et fausses informations. Mais ce n'est pas si simple! (...) La première condition pour échapper aux mensonges est celle-ci: reconnaître que l'on se trouve, à un moment donné, dominé par ses propres peurs, par ses propres envies de violence. Et donc, ne surtout pas décider, à ce moment-là, de ce qui est vrai ou faux."

Le documentaire examine encore les questions du pouvoir, des pro- et anti-complot, du consensus, du bouc émissaire, de la lobotomisation, de la manipulation, de l'avenir dans cet océan de bêtise, de l'action personnelle. "Croire ou pas aux complots?" ne devrait pas être réservé aux ados. Sa clarté, son ton, sa confiance en ses lecteurs en fait un manuel d'utilité publique. Et il rappelle fort utilement cette phrase de Malcolm X: "Vous, les jeunes, devez penser par vous-mêmes."

La philosophie de la nouvelle maison d'édition jeunesse indépendante Le Calicot (trois titres pour sa première rentrée, un essai, un roman et un recueil d'histoires) est celle-ci.
"Dans un monde dirigé par l'économie, où l’individu n'a sa place que dans des colonnes statistiques, Le Calicot propose aux enfants et aux adolescents des livres pour développer leur sens critique et pour rêver un monde qu'ils  méritent."




mardi 11 avril 2017

Quarante ans que Jacques Prévert nous manque

Jacques Prévert, sa cigarette, sa signature.

Quarante ans aujourd'hui que Jacques Prévert, né le 4 février 1900, à Neuilly-sur-Seine, est mort à Omonville-la-Petite, dans le Cotentin. C'était le 11 avril 1977. Autrement dit hier, avant-hier même. Deux générations d'enfants se sont déjà suivies depuis, qui récitent toujours "Le cancre" ou "Pour faire le portrait d'un oiseau". A moins qu'ils ne les dessinent comme l'a si merveilleusement fait Jacqueline Duhême qui a fait partie de sa bande avec Breton, Aragon, Péret, Desnos, Leiris, Queneau (lire ici).

"Une vie en crobards" de Jacqueline Duhême. (c) Gallimard.

Jacqueline Duhême qui illustre avec Henri Galeron le coffret contenant "6 recueils de poésie pour s'évader" de Jacques Prévert (Gallimard Jeunesse): "En sortant de l'école", "Le cancre", "Page d'écriture", "La pêche à la baleine", "Chanson pour les enfants l'hiver", "Le gardien du phare aime trop les oiseaux", et autres poèmes...



Sait-on que de son vivant, Jacques Prévert n'a publié que six livres pour enfants?

  • 1947 "Contes pour enfants pas sages"
  • 1947 "Le Petit Lion", avec des photographies d'Ylla
  • 1950 "Des bêtes", avec des photographies d'Ylla
  • 1952 "Lettre des îles Baladar", illustré par André François
  • 1952 "Guignol", illustré par Elsa Henriquez
  • 1953 "L'Opéra de la lune", illustré par Jacqueline Duhême

Tous les autres ouvrages pour la jeunesse qui sont signés de Jacques Prévert sont parus après sa mort et ont été constitués à partir de textes extraits de ses recueils. Ce qui n'enlève rien à leur qualité.

Pour célébrer le quarantième anniversaire du décès de Jacques Prévert (plus de 6,3 millions d'exemplaires vendus chez Gallimard et Gallimard Jeunesse), trois ouvrages paraissent chez Gallimard Jeunesse.

"L'opéra de la lune", en fac-similé de l'édition originale de 1953, illustré par Jacqueline Duhême (musique de Christiane Verger, Gallimard Jeunesse, 40 pages).

Un cartonné en format de poche et sur papier crème qui raconte la magnifique histoire de Michel Morin, si joliment mise en mots habituels, rares ou inventés. Un petit garçon qui vivait chez des gens qui n'avaient pas le temps de s'occuper de lui (en 1953!) et a trouvé dans la lune une amie, une complice, une protectrice.

Deux images de Jacqueline Duhême pour...

..."L'opéra de la lune" de Jacques Prévert. (c) Gallimard.


"Contes pour enfants pas sages", illustré par Laurent Moreau et dédié à Elsa Henriquez qui avait illustré l'édition en couleurs originale en 1963 - sans oublier qu'une version en noir et blanc par la même a existé en 1947 (Gallimard Jeunesse, 48 pages, aussi en Folio Cadet).

Huit contes animaliers qui font rire les enfants et sourire les adultes: "L'autruche", "Scène de la vie des antilopes", "Le dromadaire mécontent", "L'éléphant de mer", "L'opéra des girafes", "Cheval dans une ile", "Jeune lion en cage", "Les premiers ânes".

"L'éléphant de mer", image de Laurent Moreau. (c) Gallimard.
Les protagonistes n'ont pas leur langue en poche et ne manquent pas d'idées. L'autruche mange les cailloux Petit Poucet, les antilopes sont tristes, le dromadaire mécontent en a marre qu'on compte sa bosse, l'éléphant de mer aime manger - heureusement pour nous, les girafes chantent en silence, etc.

Une liberté et une poésie que Laurent Moreau interprète superbement avec ses scènes animalières qui claquent.


Ci-dessous, les deux versions du livre dans les images d'Elsa Henriquez.

Réédition de la version de 1947.
1963.













"Embrasse-moi", illustré par Ronan Badel (Gallimard Jeunesse, 48 pages), enfin, soit la rencontre de l'illustrateur et du poète concrétisée dans le choix de vingt poèmes d'amour de Jacques Prévert, tirés de "Paroles", "Spectacle", "Histoires", "Fatras", "Choses et autres". Ils sont écrits à la main par l'illustrateur qui les met délicatement en images dans des teintes douces. Célèbres ou méconnus, ils disent la fantaisie et le génie de leur auteur.

Un des poèmes de "Embrasse-moi". (c) Gallimard Jeunesse.

Auteur de pièces de théâtre, de chansons, de scénarios de films, Jacques Prévert est avant tout un poète. Un poète qui s'insurge, un poète qui dénonce, un poète qui défend les enfants et un poète qui sait aussi s'émouvoir devant la beauté simple du monde: un enfant, un oiseau, une fleur.

Un poète libre. Son indépendance de caractère l'a toujours éloigné des écoles, des partis ou des systèmes. C'est son amour de la liberté qui lui a valu un si large public parmi les jeunes.  Jacques Prévert publie son premier livre, "Paroles", en 1946 aux éditions du Point du jour qu'a fondées son ami René Bertelé. Le recueil a connu de nombreuses couvertures et se vend toujours aussi bien. Joie.