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vendredi 2 décembre 2016

De la Reine des fourmis au Cirque Bouglione

François Roca et Fred Bernard. (c) Albin Michel Jeunesse.
Un anniversaire (25 ans d'amitié, 20 ans d'édition) et trois livres.

Qui aurait dit il y a vingt ans que ces deux frais diplômés de l'école Emile Cohl à Lyon allaient créer plus de vingt albums pour enfants ensemble (vingt-deux exactement, dont dix-huit chez Albin Michel Jeunesse, lire ici), sans oublier quelques pas de côté pour chacun, en solo ou en autres duos?

C'est pourtant la belle aventure éditoriale - et amicale - que vivent Fred Bernard et François Roca depuis la sortie en 1996 de "La Reine des fourmis a disparu" (Albin Michel Jeunesse). Un premier titre qui ressort pour cet anniversaire et se prolonge d'une certaine manière dans le dernier album en date du duo, le magnifique "Le Fantôme du Cirque d'hiver" (Albin Michel Jeunesse, 44 pages). Après l'Opéra (lire ici), on va donc visiter cet autre lieu historique parisien qu'est le Cirque Bouglione.

Dans ce nouveau grand format aux illustrations particulièrement réussies avec leurs couleurs chaudes, leurs jeux de lumière et les angles originaux qu'elles posent sur les différentes activités du cirque, on assiste au dialogue entre un singe, Spirit, et un perroquet, Dino, qui vivent tous les deux chez les Bouglione. Le premier est convaincu d'avoir vu, ou au moins entendu, un fantôme, phénomène normal  à ses yeux dans un lieu aussi chargé d'histoire. Le second, par ailleurs lecteur amateur de son état, en doute et pas qu'un peu.

Spirit et Dino enquêtent. (c) Albin Michel Jeun.

Y croire, ne pas y croire? Les compères se disputent, à leur habitude comprend-on. Ils finissent par trouver un compromis et décident de partir enquêter ici et là à propos de l'existence de ce fantôme. Le lecteur va suivre toutes leurs péripéties et rencontrer au passage les différents animaux et artistes hébergés au Cirque d'hiver. Tigres, éléphants, chat, chevaux, cacatoès, chien, danseuses, dresseur... chacun a sa version à proposer, confirmant le plus souvent ou infirmant parfois l'hypothèse de l'oiseau.

Les fauves ont un dompteur écossais. (c) Albin Michel J.

Dino triomphe, Spirit se laisse à son tour prendre par l'excitation de la découverte. Mais la journée avance et la représentation du soir commence. Les acrobates s'élancent puis laissent la piste à la nouvelle attraction, la Latino-Américaine Marina Ants et ses fourmis rouges! Oui des fourmis. Un numéro particulièrement stupéfiant qui réjouit petits et grands autant que le singe et le perroquet. Le fantôme du cirque existerait donc bien! Réponse définitive dans la conclusion technologiquement contemporaine de cet album passionnant, plein de rebondissements.

Les numéros se suivent. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ce qui est amusant et ne se voit pas nécessairement tout de suite, c'est que le dialogue entre Dino et Spirit est signalé par le médaillon de leur tête posé au-dessus des textes. Un ping-pong réjouissant que cette narration alternée, qui nécessite de toujours prêter attention à l'identité de celui qui parle, révèle plein d'aspects de la personnalité des enquêteurs (dont leurs surnoms très rigolos), introduit un agréable suspense et distille quelques infos en autant de digressions plaisantes. J'ai l'impression que Fred Bernard s'est plus lâché qu'auparavant dans ce texte savoureux et jubilatoire. Quant à François Roca, il nous peint des scènes de cirque de toute beauté, avec des angles de vue qui en augmentent encore le plaisir et un formidable jeu sur les lumières. "Le fantôme du Cirque d'hiver" est un très bel album qui boucle ces vingt ans de travail en commun - pour le moment.

Marina Ants, la nouvelle attraction. (c) Albin Michel J.

Pour voir les deux lascars complices présenter leur aventure, c'est ici.






Pour tout savoir, ou presque, sur les deux artistes, on consultera avec intérêt l'essai illustré "Fred Bernard & François Roca, créateurs d'aventures" (Albin Michel Jeunesse/ La bulle, 64 pages), concocté par plusieurs personnes à l'occasion de leur anniversaire. Un livre de bon format rendant grâce aux illustrations. La couverture en est une merveille, une peinture de François Roca reprenant tous les personnages qui sont nés depuis 1996 de son tandem avec Fred Bernard.

Au sommaire:
  • l'interview des deux créateurs que j'ai eu le bonheur de faire
  • la présentation chronologique de leurs 22 albums (autant de doubles pages)
  • une carte du monde situant les histoires
  • un abécédaire détaillant l'univers de Fred Bernard et François Roca
  • leurs bibliographies


Reconnaissez-vous ces personnages, nés depuis 1996? (c) Albin Michel Jeunesse.





jeudi 1 décembre 2016

Les 20 meilleurs livres 2016 selon "Lire"


En léger différé depuis Paris, 
le classement annuel du magazine "Lire"

Meilleur livre de l'année: "Le nouveau nom" d'Elena Ferrante (traduit de l'italien par Elsa Damien, Gallimard)
Meilleur roman français: "Repose toi sur moi" de Serge Joncour (Flammarion)
Meilleur roman étranger: "La route étroite vers le nord lointain" de Richard Flanagan (traduit de l'anglais (Australie) par France Camus-Pichon, Actes Sud)
Révélation française: "Règne animal" de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)
Révélation étrangère: "Station Eleven" de Emily St John Mandel (traduit de l’anglais (Etat-Unis) par Gérard de Chergé, Rivages)
Meilleur premier roman français: "Désorientale" de Negar Djavadi (Liana Levi)
Meilleur premier roman étranger: "Les maraudeurs" de Tom Cooper (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Demarty, Albin Michel)
Meilleur livre d'enquête: "Laetitia ou la fin des hommes" de Ivan Jablonka (Seuil)
Meilleures mémoires: "Le tunnel aux pigeons, Histoires de ma vie" de John Le Carré (traduit de l'anglais par Isabelle Perrin, Seuil)
Meilleur essai: "Une colère noire, lettre à mon fils" de Ta-Nehisi Coates (Autrement)
Meilleur livre sur l'art: "Être ici est une splendeur" de Marie Darrieussecq (P.O.L., lire ici)
Meilleur polar: "Cartel" de Don Winslow (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Seuil)
Meilleure biographie: "Simon Leys: navigateur entre les mondes" de Philippe Paquet (Gallimard)
Meilleur livre d'histoire: "L'Europe en enfer" de Ian Kershaw (traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Seuil)
Meilleur livre de sciences: "Alexandre Grothendieck" de Philippe Douroux (Allary)
Meilleure BD: "Ce qu'il faut de terre à l'homme" de Martin Veyron (Dargaud)
Meilleur livre de science-fiction: "La maison dans laquelle" de Mariam Petrosyan (traduit du russe par Raphaëlle Pache, Monsieur Toussaint Louverture)
Meilleur livre jeunesse: "Génération K" de Marine Carteron (Rouergue)
Meilleur récit de voyage: "Boire et déboires en terre d'abstinence" de Lawrence Osborne (Hoëbeke)
Meilleur livre audio: "Vous n'aurez pas ma haine" d'Antoine Leiris, lu par André Dussolier (Audiolib) 



Le Prix Rossel 2016 décerné à Hubert Antoine

Hubert Antoine.


Dix ans après avoir publié "Introduction à tout autre chose" (Gallimard, Verticales, 144 pages, 2006), un ensemble de soixante textes courts, autoportrait ironique d'un aventurier immobile, d'un rêveur chamanique, d'un monstre de solitude, d'un épicurien contrarié, bref, d'un évadé de la société, Hubert Antoine a publié son premier roman en janvier de cette année. "Danse de la vie brève" (Gallimard, Verticales, 228 pages) se déroule au Mexique, pays où vit depuis vingt ans ce Namurois d'origine. S'il est installé dans la ville de Guadalajara, il a choisi celle de Oaxaca pour sa fiction.

Avec ce premier roman, il remporte le 73e Prix Victor Rossel, parrainé par Jean Dufaux, scénariste de bande dessinée, le jury ayant délibéré près de trois heures.

Voici ce qu'en dit son éditeur.
"C'est à travers son journal intime que nous découvrons Melitza, une jeune Mexicaine de vingt-trois ans. Trois carnets posthumes datant de 2006  - retrouvés et commentés par son père - retracent sa cavale avec Evo, un "bel indigent" au charme énigmatique. Ensemble, ils partageront tout: expérience hallucinogène, barbarie policière, amour fou et insurrection populaire. Dans ce premier roman, qui doit autant au goût de l'aventure qu'à une écriture aux images décalées, chaque événement, du plus sensuel au plus tragique, possède son pas de danse."

Pour lire le début de "Danse la vie brève", c'est ici.

Pour rappel, les quatre autres finalistes de l'édition 2016 du Prix Victor Rossel étaient Claire Huynen ("A ma place", Le cherche-midi),  Emmanuel Régniez ("Notre château", Le Tripode), Giuseppe Santoliquido ("L'inconnu du parvis", Genèse Editions) et Bernard Tirtiaux ("Noël en décembre", JC Lattès).




Pour Anaïs Vaugelade, hip, hip, hip?

Hourra! Et plutôt dix fois, cent fois, mille fois, un million de fois, qu'une. Le nouvel album d'Anaïs Vaugelade, "Comment fabriquer son grand frère, un livre d'anatomie et de bricolage" (l'école des loisirs, 64 pages) est une merveille d'inventivité, de créativité, le croisement inédit entre fiction et science. Un régal que ce format géant qui permet de comprendre la marche du corps humain en étant à la fois informatif, drôle, joyeux et à portée d'enfant. Hourra!

Le pitch est simple. Anaïs Vaugelade le présente ainsi: "Zuza, que certains connaissent déjà, en a assez de sa petite sœur. Une petite sœur c'est nul, ça ne sait rien faire. Elle décide donc de se fabriquer un grand frère, pièce par pièce." Quelle aînée n'en a-t-elle pas rêvé? Exit donc la petite Marianna qu'on retrouvera néanmoins en finale...

Se fabriquer un grand frère est exactement ce qui va se passer dans ce très grand format: "Ouvert, il a la taille d'un enfant d'un an. Alors qu'il m'en a fallu deux pour le faire."  Zuza, que j'espérais tant revoir depuis quatre ans sans me faire trop d'illusions (lire ici) est donc de retour. Avec ses jouets qui seront ses assistants. Et son énorme crocodile bien entendu. Sans oublier l'"Encyclopédie Crocodilis" de ce dernier qu'il lui prête. Parce que les réponses aux questions qu'on se pose se trouvent dedans.

Zuza plongée dans l'"Encyclopédie Crocodilis". (c) Anaïs Vaugelade.

L'album propose de bâtir un vrai humain, comme un jeu de construction, avec des matériaux du quotidien (bois, élastiques, entonnoir, pomme, ketchup, gants en caoutchouc, soufflets...). Zuza, son croco et ses amis jouets vont se heurter à toutes les complications possibles et les dépasser les unes après les autres. Ce n'est pas simple à faire, un grand frère!  Au passage, les constructeurs nous expliquent en détail, avec moult dessins et croquis légendés, comment fonctionne le corps humain. Tout le corps humain! Du squelette à la grossesse. Mais ce qui est ici super, c'est qu'on se heurte d'abord aux difficultés, qu'on cherche ensuite comment les résoudre (merci l'encyclopédie aux pages jaunes comme sa couverture, faciles à identifier) et qu'enfin, les solutions trouvées, viennent se poser les mots scientifiques précis.

L'idée du livre est formidable, proche de l'enfant. Elle vient d'ailleurs du fils de quatre ans de l'auteure-illustratrice. Un jour, il lui a demandé si sa poupée avait comme lui une colonne vertébrale. Les livres d'anatomie ont donc été consultés, mais "souvent", observe Anaïs Vaugelade, "les livres d'anatomie pour enfants sont des livres de démontage: on ouvre le corps, on regarde dedans, on énumère les organes. C'est très descriptif." Elle s'est interrogée: "Et si, au lieu de démonter, on “montait” un corps pièce par pièce? N'aurait-on pas une meilleure compréhension de son fonctionnement?"

Aussitôt dit, aussitôt fait. Enfin, deux ans de travail quand même.

Le dessin original de la première double page. (c) l'école des loisirs.

Détail du récapitulatif des muscles. (c) edl.
L'exercice a été admirablement mené dans "Comment fabriquer son grand frère", un livre à l'approche littéraire mais scientifiquement impeccable. On va suivre Zuza dans toutes les étapes de la fabrication du grand frère avec les moyens du bord: du bois pour le squelette, des morceaux d'élastiques pour les ligaments, des élastiques entiers pour les muscles, des fils électriques pour les nerfs, etc. Je vous laisse la surprise de la suite car les idées de Zuza sont époustouflantes d'invention et de pertinence. Par exemple, des boîtes d'allumettes toutes reliées entre elles pour le cerveau! Il faut voir ce grand frère se construire, se complexifier, jusqu'à espérer qu'il prenne vie. Une autre paire de manches encore....

Ainsi, rien que pour le squelette, cela scie, coupe, mesure, assemble, jusqu'à l'écroulement des bouts de bois juste empilés. D'essais en tâtonnements va surgir l'idée d'articuler les os: les ligaments sont découverts et assemblés. C'est mieux mais ce n'est pas encore gagné. Comment faire pour que le squelette se tienne droit?

Coloriage de la scène sur veille et sommeil. (c) l'école des loisirs.

Ce qui est magique ici, c'est l'alliance féconde entre la poésie de Zuza et de ses acolytes et la pertinence des propos scientifiques. C'est vrai qu'en "montant" un humain, on comprend beaucoup mieux qu'en le "démontant". Chaque double page fourmille d'informations fictionnelles et scientifiques. L'équilibre est parfait, soutenu par l'incroyable beauté des dessins d'Anaïs Vaugelade, par l'imagination de ses personnages. Ceux qui connaissent son œuvre apprécieront les clins d'œil à des albums précédents comme cette allusion aux délicieuses "coquillettes au beurre".

Mise en couleurs de la page où Zuza fabrique reins et vessie. (c) edl.

On l'aura compris, cet album hors du commun, aussi déroutant qu'intelligent, est une réussite totale. Mille choses y sont à lire et à regarder, pour comprendre cette anatomie humaine qui apparaît tout à coup bien plus logique grâce à ces bricoleurs de Zuza, Croco et les jouets. A noter que les sujets abordés apparaissent dans le bas des pages, à côté des folios, ainsi que les récapitulatifs faisant régulièrement le point de ce qui a été déjà agencé. Et qu'une table des matières termine l'ouvrage. Mais si la science y a toute sa place, la fiction s'y défend bien et c'est à elle que reviendra le mot de la fin. Pour tous les âges.

Double page de "vérification générale". (c) l'école des loisirs.

Pour découvrir "Comment fabriquer son grand frère" en en vidéo, c'est ici.






mercredi 30 novembre 2016

Les Pépites 2016 ont été dévoilées à Montreuil


On le sait, le fonctionnement des Pépites a changé cette année au Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (lire ici). Les catégories sont fixées par tranche d'âge et non plus par genre des livres.

Par les voix de Véronique Ovaldé et Joseph Jacquet (France Télévisions), les deux jurys ont remis leurs palmarès ce mercredi 30 novembre.

Jury professionnel
Raphaële Botte ("Lire", "Mon quotidien"), Claude Combet "Livres-Hebdo", Françoise Dargent "Le Figaro", Joseph Jacquet "France Télévisions", Michel Abescat et Marine Landrot ("Télérama"), Laurent Marsick (RTL), Frédéric Potet ("Le Monde"), Christophe Honoré, auteur et cinéaste, président du SLPJ-93, Sylvie Vassallo, directrice du SLPJ-93, Véronique Ovaldé, écrivaine, présidente du jury.

Catégorie "petits"

Titres en compétition ici

"Björn, six histoires d'ours"
Delphine Perret
Les Fourmis Rouges
lire ici








Catégorie "moyens"

Titres en compétition ici

"Georgia: tous mes rêves chantent"
Timothée de Fombelle (texte)
Benjamin Chaud (illustrations)
Cécile De France (voix)
Arnaud Thorette (direction artistique)
Johan Farjot (direction musicale)
Alain Chamfort, Émily Loizeau, Albin de la Simone et al. (musique)
Gallimard Jeunesse Musique
Contraste productions
A feuilleter ici

Catégorie "grands"

Titres en compétition ici

"Totem"
Nicolas Wouters
Mikaël Ross
Sarbacane








Pépite d'or


"Dans la forêt sombre et mystérieuse"
Winshluss
Gallimard BD










Jury des lecteurs France Télévisions
les votes de 2500 téléspectateurs en catégories "petits" et "grand", les lectures de classes en catégorie "moyens"

Catégorie "petits"

Titres en compétition ici

"Le Facteur de l'espace"
Guillaume Perreault
La Pastèque










Catégorie "moyens"

Titres en compétition ici

"Dans la forêt sombre et mystérieuse"
Winshluss
Gallimard BD









Catégorie "grands"

Titres en compétition ici

"Sauveur & Fils" saison 1
Marie-Aude Murail
l'école des loisirs
lire ici (en deuxième partie de note)









Quant à mes Pépites à moi (lire ici), ben, disons que j'avais un peu de bon. 
La prochaine fois, je regarderai mieux les bandes dessinées, puisque sur sept récompenses accordées, quatre vont à des albums BD!

Vive la lecture et à l'année prochaine pour d'autres Pépites!







mardi 29 novembre 2016

Vive la famille Foufou de Françoize Boucher!

Etre contactée par un éditeur qui vous propose de lui créer une série d'albums jeunesse alors que vous vous dites incapable de dessiner, c'est l'amusante aventure qu'a vécue Françoize Boucher.

Et pourtant, ses épatants Foufous sont là! Deux volumes sont déjà sortis, "Les Foufous à table" et "Les Foufous en voiture" (Casterman, 48 pages chacun). D'autres suivront, un tous les six mois.

La famille Foufou. (c) Casterman.
Entre bande dessinée et roman graphique très illustré, les albums mettent en scène différents sujets du quotidien de la famille Foufou (deux parents et cinq enfants dont un poulpe, soit Mam's, Pap's, Bob, Dolly, Poulpix, Curly et Baby) et ses animaux domestiques, le Chachien, Dronevador. La présentation des différents protagonistes se fait en pages de garde, c'est pratique. Puis viennent les histoires, assez déjantées, drôlement bien observées, admirablement envoyées, pleines de péripéties et de rebondissements, 48 pages, cela permet plein de choses, entre franches pintes de rigolade et petites leçons de vie. Le tout dans des tons souvent fluos bien tempérés. C'est extra et pour tous à partir de 7/8 ans.

Bien sûr, on retrouve dans cette nouvelle série l'inspiration et l'humour ravageur qui ont fait la renommée de Françoize Boucher, auteur depuis 2010 d'une bonne douzaine de titres trop rigolos chez Nathan (traduits en 23 langues): "Le  livre qui te rend super méga heureux" (lire ici) et aussi, "Le livre qui te dit enfin tout sur l'amour", "Le livre qui t'explique tout sur les copains", "Le livre qui te dit enfin tout sur les filles et les garçons (la fin du grand mystère!)", "Faites l'amour, pas la guerre!","Le livre qui t'explique enfin tout sur les parents. Pourquoi ils te font manger des légumes et tout le reste", "Le livre qui fait aimer les livres même à ceux qui n'aiment pas lire!", et d'autres. 
A noter que le "Happy stickers" de Françoize Boucher (Nathan) vient de sortir: 400 autocollants de toutes les tailles, repositionnables, drôles et fluo bien entendu, originaux et très marrants. Des mots, des expressions, des dessins légendés... de quoi reconsidérer le quotidien et le détourner.

Les aventures de la famille Foufou sont bien plus que ce qu'on pourrait en imaginer. Car au-delà de ses héros en culbutos et de ses blagues rock'n'roll, Françoize Boucher maîtrise ses sujets. Elle fait beaucoup rire ses lecteurs de tous âges et les incité à réfléchir aussi. Le terme de Foufous donne une bonne idée de ceux qu'elle a créés: des personnages déjantés, c'est sûr,  mais qui font fondre également. Pensez à l'usage qu'on fait du terme "foufou" dans la vie courante. Plutôt mignon et positif, non?

L'histoire "Les Foufous à table" commence dans la rue. C'est déjà un petit traité de sociologie urbaine. Suivent alors l'idée du repas idéal et sa réalité, dûment chronométrée: les parents Foufou crient "à table" et personne ne vient. Que font les enfants? Dronevador, un drone domestique, apporte les réponses. Seule option désormais possible: le chantage. Et ça marche! Sauf qu'être à table déclenche tout de suite des bagarres. Bien plus tard, le dîner peut enfin commencer. Quoique. On l'a compris, les embûches sont encore nombreuses avant que le repas puisse être avalé. Mais ce qui compte surtout, ce sont toutes les observations que Françoize Boucher communique dans ces pages drolatiques, grouillantes d'histoires parallèles, reflet criant de la réalité de nombreuses familles.

Les Foufous sont plus ou moins appréciés par leurs voisins. (c) Casterman.
De la fiction à la réalité... (c) Casterman.

Pour feuilleter le début des "Foufous à table", c'est ici.


On s'amuse autant avec "Les Foufous en voiture". Toute ressemblance avec une situation vécue ne sera pas un fruit du hasard. Pourtant, là, tout commence très mal: la voiture des Foufous a été volée. Excellente raison d'en acheter une nouvelle, ce qui causera de sérieuses discussions avant que la balade envisagée puisse commencer. On se doute que ce ne sera pas une sinécure. Mais comme pour l'autre album, les pages nombreuses sont truffées de choses à lire et à regarder et résumer cette vivacité, cette truculence, cette joie, cette originalité n'est pas aisé.

Le voiture des Foufous a été volée. (c) Casterman.

C'est l'occasion d'en avoir une nouvelle, mais laquelle? (c) Casterman.

Pour feuilleter le début des "Foufous en voiture", c'est ici.


Françoize Boucher.
7 questions à Françoize Boucher

Comment sont nés les Foufous?
L'éditrice Céline Charvet de Casterman m'a demandé de créer un univers proche de la BD. C'était une proposition en or, j'avais carte blanche, j'ai donc dit oui. Est alors venue la question: que faire? Je viens du marketing, des collections de textiles. Au début, je faisais juste des livres pour rigoler. Les Foufous sont dans la continuité de ce que je fais chez Nathan mais ils sont différents. Ce sont des BD. Dès le premier rendez-vous avec l’éditrice, j'ai eu l'idée d'une famille réelle dont je raconterais les aventures de la vie quotidienne, les hauts, les bas, les failles, la cohésion, la folie et la bienveillance. Je voulais des héros positifs. Mes mots-clés sont: drôle et intelligent, absurde, rythmé, à partager. Il faut que le livre passe le test de tous ces mots-clés.
Quelle est la particularité des Foufous?
Je voulais une cible familiale avec une lecture différente que l'on soit enfant, parent ou grand-parent. Je voulais que le livre soit un outil de communication dans les familles par le biais de son humour. Je voulais dédramatiser les situations quotidiennes. Les situations familiales qui bloquent sont souvent les mêmes partout. C'est bien de prendre du recul et d'en parler. Je lance des piques à la famille, mais je glisse aussi des messages sur l'environnement, sur l'alimentation, sur la consommation, sur les règles de vie de base.
Comment travaillez-vous?
Quand je crée une histoire, le texte et le dessin me viennent en même temps. J'ai un fil clair, l'histoire des personnages. Les Foufous sont mon travail le plus inspiré de ma vraie vie avec mes quatre enfants (23, 21, 18 et 16 ans). Je leur ai ajouté des animaux domestiques que je n'ai pas dans la vraie vie. Les animaux sont plus physiques qu'humains. Le chachien n'est jamais d'accord, il est une métaphore des humains. Mon plus gros challenge est le dessin. J'ai dessiné des culbutos. Petite, j'aimais Barbapapa et les Shadoks. Je n'ai pas de bureau. Je n'ai pas de table. Je travaille par terre dans le salon, comme un enfant, avec mes stabilos et des ciseaux. J'écris mes idées dans un cahier. Mais je tape le texte à l'ordinateur puisqu'une typo spécifique a été créée d'après mon écriture manuscrite. En fait, j'ai un côté bricolé très construit.
On découvre chez vous un poulpe et un drone.
Le poulpe est un animal très tendance depuis la coupe du monde de foot. C'est un animal intelligent et, graphiquement, un bijou. Le drone est là parce que je suis moderne. Je suis aussi curieuse. J'aime savoir ce qui s'est passé.
Vous évoquez Brangeline au moment où Brad Pitt et Angelina Jolie se séparent.
Brangeline, c'est un hasard. Cela symbolise pour moi la société people. Je voulais chercher des petits bouts de tout ce qui fait la société aujourd'hui. Vous noterez que Simone de Beauvoir apparaît plus loin dans le même livre.
Votre prénom de Françoize comporte un "Z". Pourquoi?
Le "Z" de mon prénom est là pour signifier que j'ai changé moi-même et aussi parce que j'aime l'énergie de cette lettre. Le fait que mes enfants soient grands m'a donné une sorte de deuxième vie même si nous sommes toujours très proches.
Dans quel ordre avez-vous créé ces deux Foufous?
J'ai d'abord fait les Foufous à table. J'ai noté dans un carnet la liste de tout ce qui pouvait être rigolo à travailler par les familles à table, ainsi que des messages, de bonnes manières par exemple, que je voulais faire passer. La voiture est venue ensuite. Elle est le véhicule familial par excellence et un objet symbolique énorme. Quand toutes les idées sont là commence le travail. Je gribouille, puis je sors mes stabilos, puis j'extrais les feuilles du carnet. J'articule les idées entre le début et la fin du repas, le début et la fin du trajet en voiture. J'organise les feuilles entre elles en un chemin de fer, en faisant attention au rythme, à l'absurde et à la poésie.






lundi 28 novembre 2016

Quel livre en remède à ma culpabilité?

Michaël Uras

Misère! Tout dans mon environnement me rappelle que je dois absolument parler du roman de Michaël Uras, "Aux petits mots les grands remèdes" (Préludes, 376 pages) que j'ai lu il y a un moment et vraiment bien apprécié. D'abord, le livre attend son heure dans la pile des "livres lus à chroniquer". Ensuite, quand j'écoute d'une oreille distraite la radio, je devine aux propos échangés que son auteur est un des invités. Enfin, dans le tam-tam autour de la Fête du livre à la Maison de la radio (Paris), quel est l'écrivain dont je remarque le plus le nom?

Dans le match culpabilité-action, j'en étais donc à 1-0. Mais je vais égaliser dès la prochaine minute. Car je vais vous parler du troisième roman de Michaël Uras, "Aux petits mots les grands remèdes". Demeurera la question de savoir quel ouvrage lire pour lutter contre ma culpabilité. Vais-je appeler l'auteur lui-même, ou Alex, le personnage central de ce roman original et bien mené? Bibliothérapeute, il conseille à ses patients en souffrance des livres qui pourraient les aider. Mieux que des médicaments.
L'écrivain fait bien de rappeler en exergue une phrase de Romain Rolland dans "L'Eclair de Spinoza": "On ne lit jamais un livre. On se lit à travers les livres, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler."
Le roman s'ouvre sur la fiche d'un premier patient, Alexandre. Il vient d'être quitté par sa compagne qui ne supportait plus sa passion "dévorante" pour les livres. Il ne va pas bien mais continue son boulot pour les autres tout en se conseillant lui-même. On l'a compris, ce patient est aussi le narrateur et l'acteur de ces pages bien ficelées et fort agréables à lire. On suit volontiers celui qui "ne laisse personne indifférent", phrase serinée par sa mère, qui s'interroge sur lui-même et nous entraîne dans sa passionnante pratique professionnelle. Chaque épisode lui rappelle le passage d'un livre qu'il a lu et dont il nous donne le titre. Une aubaine pour les lecteurs.

Drôlement érudit, le texte n'est nullement ennuyeux ou donneur de leçons. Alex partage sa passion, contagieuse, celle de la littérature. Michaël Uras, lui, fait de la littérature. En composant un roman intelligent et brillant, dont on découvre avec intérêt les protagonistes et ce qui leur arrive. Yann, l'ado cloîtré chez lui avec l'assentiment de sa mère, Jacques, le patient en fin de vie, Anthony, un footballeur professionnel, Robert, le commercial épuisé...

Entre les consultations, il y a la vraie vie, celle d'Alex dont on découvre le présent (sa voisine de palier notamment), le passé (son amour pour Mélanie entre autres) et les espoirs pour le futur (son amour pour Mélanie entre autres). Il y a aussi les surprises que le destin lui réserve, les bonnes et celles qui pourraient le terrasser. Il n'est pas épargné. Mais les livres veillent, amis fidèles, discrets et bienfaisants. Les maux passent, les mots restent.

Michaël Uras signe un roman plein d'imagination, d'humour et de dérision, usant d'un sens remarquable de la formule. Fin observateur de l'âme humaine, il suit de près ses personnages en thérapie sans oublier Alex qui semble faire de beaux progrès entre la première et la dernière page. "J'aime quand les livres finissent bien", conclut simplement l'auteur. Moi aussi, dans ce cas-ci.
























dimanche 27 novembre 2016

Dingue! Les créateurs jeunesse mangent aussi!


Comme chaque année à cette époque, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (française mais beaucoup d'artistes belges y sont affiliés) se rappelle au grand public avec une campagne destinée à l'informer du système de rémunération des auteurs en vigueur. Une façon toujours originale de dénoncer la réalité économique qui en découle. Parce que s'ils créent, les auteurs mangent aussi! Et pour nombre d'eux, le quotidien est précaire.

Après les olives, miettes, pépins etc. de l'an dernier (lire ici), il s'agit cette fois de se mettre "dans la peau d'un auteur jeunesse". Comparaison étant souvent raison. La nouvelle brochure de la Charte comporte dix-huit pages. Fièrement propulsée par Dorothée de Monfreid et son kilo de bananes (à condition qu'elle vende 4 livres), elle est réalisée en partenariat avec la Société des Auteurs dans les arts graphiques et plastiques. Elle explique avec brio et humour la situation des auteurs jeunesse.

C'est facile à comprendre. En jeunesse, les droits d'auteur sont extrêmement minces, aux alentours de 6 % du prix d'un livre vendu. Ce qui signifie 0,567 euros pour un livre vendu 10 euros. Bien entendu, ces cinquante cents sont à se partager lorsqu'il y a un auteur et un illustrateur. Oui, 6 % seulement, ce n'est vraiment pas gras, alors que les droits d'auteur en littérature générale tournent en général en France autour de 10 %. Pourquoi moins en jeunesse? Voilà une question à laquelle il serait intéressant de recevoir des réponses. 

Mais la brochure n'est pas là pour faire pleurer. Ou alors pleurer de rire. Car le choix a été fait de montrer le quotidien, par le biais de l'humour et du non sense, le fait que tout créateur qu'il soit, l'auteur ou l'illustrateur doit aussi gagner sa vie, c'est-à-dire de bénéficier de droits d'auteur corrects. 

La quatrième de couverture de la nouvelle brochure. (c) La Charte.

Dorothée de Monfreid a la banane.(c) Charte.
Ils sont seize auteurs et illustrateurs jeunesse à s'être prêtés au jeu "Dans la peau d'un auteur jeunesse". Ils sont photographiés par Laura Stevens dans des mises en scène très amusantes, en lien avec leur quotidien. Une légende explique chaque fois le choix de l'objet quotidien retenu. Pourquoi un paquet de café moulu pour Olivier Philipponneau (7 livres vendus), un tube de dentifrice pour Valentine Goby (5 livres vendus), un sèche-cheveux pour Marion Billet (71 livres vendus), , une baguette croustillante pour Roland Garrigue (2 livres vendus), une chemise fleurie pour Marc Boutavant (62 livres vendus), une paire de chaussettes pour Joëlle Jolivet (8 livres vendus), une paire de baskets pour enfants pour Marc Lizano (62 livres vendus), un vélo de ville pour Magali Le Huche (353 livres vendus), une place de cinéma pour Séverine Vidal (18 livres vendus), une boîte de paracétamol pour Marcelino Truong (4 livres vendus), une paire de lunettes pour Gilles Bachelet (530 livres vendus), un ordinateur pour Sara (1676 livres vendus), un poulet fermier pour Fred Bernard (18 livres vendus), une maison pour Karim Ressouni-Demigneux (388.008 livres vendus), une valise à roulettes pour Yaël Hassan (87 livres vendus)...

Gilles Bachelet.
Joëlle Jolivet.
Marc Boutavant.

Les autres participants sont à découvrir dans la nouvelle brochure ou sur la page Facebook de la Charte ou sur son compte Twitter.

Et ce n'est pas tout. La Charte invite les créateurs jeunesse, auteurs et illustrateurs de tous horizons, à se mettre également en scène, accompagnés de l'objet de leur choix, en précisant son équivalent en nombre de livres vendus et à poster cette photo sur le Facebook ou Twitter de la Charte.

Certains ont déjà répondu. Allez-voir sur Facebook ou Twitter comment ils prolongent l'esprit de la campagne 2016. Et les photos personnelles ne cessent d'arriver...

Elise Fontenaille.
Martine Bourre.



Alice Brière-Haquet.
Maïa Brami.













Au Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, la Charte occupe le stand G2 au niveau 0. Rendez-vous y pour discuter avec les membres présents et découvrir l'exposition photographique qui accompagne la brochure.